Le Miscanthus, une vivace « multi-tâches » et très…permaculture!!!

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Beaucoup d’entre nous mulchent leurs jardins avec des paillis issus d’un modèle de culture qu’ils déplorent. Il peut être intéressant, dans le cas où la nature environnante ne nous offre pas un matériaux de couverture à notre goût, d’intégrer dans nos designs (planification), la production de ses propres mulchs. Évidemment, nos choix se parteront sur des plantes ayant de multiples fonctions à mettre à notre service. Aujourd’hui observons de près une plante prometteuse, le Miscanthus.

Le Miscanthus, aussi appelée « Herbe à Eléphant », « Eulalie » ou « Roseau de Chine », est une plante herbacée vivace de la famille des Poaceae (Graminées) originaire d’Afrique et d’Asie du sud. Issue des marais, pentes et flanc de collines, c’est une plante robuste qui n’est sujette ni aux maladies, ni aux attaques de rongeurs ou autres ravageurs.

Il en existe une vingtaine d’espèces aux couleurs et aux caractéristiques très différentes : les plus courtes font à peine 35 cm de haut, alors que les plus grandes peuvent atteindre 3,5m à 4m de hauteur ! Certaines variétés sont stériles à multiplication végétative quand d’autres ont des graines fertiles ou un système racinaire traçant, il faut donc veiller pour ces dernières à ce qu’elles ne deviennent pas trop envahissantes.

D’allure proche de la canne à sucre, le miscanthus assure sa pérennité grâce à ses rhizomes, organes de réserve souterrains à partir desquels des bourgeons se forment et se développent en tiges (ou cannes) tous les ans. Il pousse très tard en mai et son feuillage élégant passe de la couleur verte en l’été au jaune, orange, rouge ou chocolat en automne selon le cultivar. Les cannes se développent pendant l’été et ce n’est qu’à l’automne que les fleurs éclatent en épis soyeux pour y persister durant tout l’hiver. A la fin de l’hiver, lorsque les cannes sèchent, il y a déplacement de l’azote des parties aériennes vers les rhizomes, qui constituent ainsi des réservoirs d’azote pour le cycle végétatif suivant. C’est le bon moment pour récolter les cannes qui auront en plus permis à la plante de mieux survivre au froid hivernal (si vous les coupez à l’automne la plante risque de ne pas s’en remettre !). C’est également en fin d’hiver que le miscanthus perd son feuillage. Celui-ci constituera un mulch épais, protecteur et nourrissant pour les futures pousses.

Le miscanthus est très intéressant en permaculture car, en plus de sa valeur ornementale, il remplit plusieurs fonctions :

  • Il peut servir à la création de haies qui seront rapidement hautes et touffues (selon l’espèce).

  • C’est un élément de lisière fixe favorable à la faune qui permet la circulation, notamment des insectes polyphages comme les carabes, précieux auxiliaires du jardin.

  • En place toute l’année, avec une riche microfaune, c’est également un bon couvert faunistique permettant le refuge et la nidification pour les oiseaux et petits animaux.

  • Ses cannes, récoltées en fin d’hiver, contiennent moins de 17% d’humidité, elles peuvent donc servir de combustible sans avoir besoin d’une période de séchage (Le pouvoir calorifique du miscanthus est plus élevé que celui de la plaquette de bois et peu émetteur de CO2). Tout cela convient aussi très bien au rocket-stove!

  • Les cannes, brouillées, font un excellent paillage très efficace contre les adventices et pour retenir l’humidité car leurs fibres spongieuses ont un fort pouvoir absorbant. Se décomposant bien, elles enrichiront aussi la terre de leurs nutriments.

  • Le pouvoir absorbant des cannes en font également une bonne matière pour la litière des animaux de ferme ou domestiques.

  • Les cannes peuvent aussi être utilisées comme isolant en écoconstruction seules ou mélangées à d’autres matériaux.

Et ses atouts ne s’arrêtent pas là : une des espèces, le miscanthus giganteus x (croisement naturel du miscanthus sinensis et du miscanthus sacchariflorus) est devenue attractive pour l’agro-industrie car, en plus des utilisations ci-dessus, on peut produire à partir de ses cannes de l’éthanol (biocarburant), de la biomasse à méthaniser, des fibres pour la fabrication de papier, panneaux de particule, matériaux d’emballage, pots biodégradables et même pour remplacer le PVC dans de très nombreuses applications (stylo bille, volant de voiture, enjoliveurs…)!

Si vous souhaitez en mettre dans votre jardin, il faudra, tout d’abord, bien choisir la variété en fonction de la surface disponible pour les accueillir et de l’utilisation que vous voulez en faire. L’emplacement doit aussi être mûrement réfléchi car une fois bien installé, le miscanthus est très dur à déloger!

Cette vivace aime les sols souples, frais et riches en matière organique avec une bonne exposition au soleil (au moins 8h d’ensoleillement/jour) même si elle peut tolérer un ombre légère. Il est préférable de la planter au début du printemps (les plantes cultivées en pots peuvent être replantés jusqu’à la moitié de l’automne) sur un terrain légèrement en pente (1 à 2 %) pour éviter une trop grande accumulation d’eau à la base du plant lors de la fonte des neiges. Creusez un trou, ameublissez le fond en y mélangeant de la poudre d’os et placez-y la plante puis remplissez-le avec une terre riche en compost avant d’arroser abondamment. Un arrosage en profondeur sera ensuite nécessaire pendant les semaines suivant la plantation mais une fois bien établi le miscanthus tolèrera une sécheresse modérée. 3 à 4 arrosages en été seront bienvenus si vous les plantez dans une zone sèche.

Enfin, s’il craint la concurrence des adventices la première année, il en est ensuite préservé par l’épais mulch formé par son feuillage tombant en fin d’hiver. Au bout de deux ans, le miscanthus est en général bien implanté et il pourra rester en place entre 15 et 20 ans. Il suffira simplement pour l’entretenir de lui apporter une bonne couche d’au moins 2 cm de compost à l’automne.

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