Keyhole garden ou jardin en trou de serrure

Keyhole garden ou jardin en trou de serrure

Concept de petit jardin productif élaboré à la base par l’ONG « Send a cow » pour les climats africains arides, le keyhole garden ou jardin en trou de serrure s’est exporté un peu partout sur la planète, notamment grâce au réseau des Incroyables Comestibles ! Économique en eau et autofertile, ce type de petit jardin ultra-productif a, en effet, de quoi séduire sous de nombreuses latitudes.

Le Keyhole garden : un concentré d’ingéniosité

Sorte de butte de culture, le keyhole garden est un support potager qui met en oeuvre, de manière ingénieuse, plusieurs principes de permaculture.

Un trou de serrure : une forme originale favorisant les effets de bordures

Comme toujours en permaculture, il n’y a pas qu’une seule et unique manière de construire un keyhole garden et chacun fera selon ses moyens, son contexte et les ressources qu’il a sur place !

Inspiré de la permaculture, le keyhole garden ou jardin en trou de serrure est un support de cultures astucieux à la portée de tous !

Exemple de keyhole avec bordures faites de briques en terre cuite, réalisé en Ouganda par l’ONG Send a Cow. ©sendacow.org

Sa forme générale reste quand même une constante et c’est de là que l’ouvrage tire son nom de jardin en « trou de serrure » : il s’agit d’une butte de forme ronde dont le pourtour n’est pas fermé, laissant un passage (créant, vu du dessus, la forme d’un trou de serrure) pour pouvoir atteindre son centre.

C’est un support de culture qui favorise les effets de bordures et la création de microclimats propices à la biodiversité et aux plantes cultivées dessus.

En effet, un jardin en trou de serrure est généralement surélevé d’au moins 50 cm (voire plus, parfois jusqu’à 1,50m) grâce à des bordures solides, de préférence non maçonnées pour laisser passer les insectes auxiliaires dans les interstices de ces bordures. Elles peuvent être faites de pierres, de briques, de tuiles en terre cuite, de planches de bois, de pneus, de palettes, de bouteilles en verre…etc.

Inspiré de la permaculture, le keyhole garden ou jardin en trou de serrure est un support de cultures astucieux à la portée de tous !

Exemple de keyhole avec bordures faites en branches de bois juxtaposées. ©concernusa.org

Inspiré de la permaculture, le keyhole garden ou jardin en trou de serrure est un support de cultures astucieux à la portée de tous !

Exemple de keyhole avec bordures faites en pierres sèches. ©arpentnourricier.wordpress.com

Inspiré de la permaculture, le keyhole garden ou jardin en trou de serrure est un support de cultures astucieux à la portée de tous !

Exemple de keyhole avec bordures en planches de bois.©Isabell Schulz – CC BY-SA 2.0

Le choix des matériaux pour ces bordures est à réfléchir par rapport à ce que vous avez sur place, mais aussi à votre contexte, car il aura un impact important sur la capacité de l’ensemble de l’ouvrage à capter et diffuser la chaleur du soleil dans la terre.

En effet, selon le niveau d’inertie thermique des matériaux utilisés, l’accumulation de chaleur et sa diffusion pendant la nuit varieront avec un impact non négligeable sur la levée des semis et la croissance des végétaux : plus de chaleur captée en journée, c’est une terre se réchauffant plus vite dans laquelle on peut planter plus tôt; c’est aussi plus de chaleur diffusée pendant la nuit et moins d’écarts de température entre le jour et la nuit offrant un milieu plus favorable aux végétaux !

Un composteur intégré pour le maintien de la fertilité

L’ingéniosité du keyhole garden tient notamment à son système central : un composteur intégré à la structure globale.

Placé au centre du cercle, il favorise les échanges entre l’espace de compostage et le substrat de plantation tout autour. Les vers de terre et autres décomposeurs du compost peuvent circuler librement entre le composteur central et le substrat, diffusant les nutriments dans l’ensemble du keyhole garden de façon lente et harmonieuse.

On accède au composteur par le passage fait dans le cercle formant le fameux trou de serrure et on peut ainsi l’alimenter facilement et régulièrement avec nos déchets de cuisine et autres matières organiques à disposition !

Un substrat de plantation inspiré de plusieurs techniques en permaculture

Autre point important rendant ce type de petits jardins en permaculture très productifs : un substrat de plantation qui retient bien l’eau et sera riche en nutriments, car on aura favorisé la diversité avec des mélanges de matières organiques variées !!

On pourrait résumer la constitution d’un substrat de Keyhole garden à un mélange entre plusieurs techniques de permaculture et notamment entre la technique de la culture en lasagne et celle de la butte façon Philip Forrer. Nous détaillons cela un peu plus bas dans cet article !

Inspiré de la permaculture, le keyhole garden ou jardin en trou de serrure est un support de cultures astucieux à la portée de tous !

Exposition à but pédagogique d’un keyhole en coupe montrant sa constitution interne au niveau du composteur et du substrat de plantation. ©Isabell Schulz – CC BY-SA 2.0

 

Des cheminées d’humidification pour diffuser l’humidité au coeur du keyhole

Ce type de jardin ayant été conçu au départ pour des climats arides où l’eau est rare, ils ont été agrémentés de « cheminées d’humidification » pour capter au mieux la rosée du matin et lui permettre de descendre naturellement au fond du keyhole. Ces « cheminées » sont faites de fagots de branches en bois imputrescibles de préférence (châtaignier, acacia…), d’environ 3 cm de diamètre et suffisamment longues pour toucher le fond du keyhole garden et dépasser au-dessus de sa surface de terre d’au moins 20 cm. Vous en ajusterez donc la longueur selon la hauteur choisie pour votre keyhole garden.

Bien évidemment, selon la région dans laquelle on fait son jardin en trou de serrure, ces cheminées d’humidification ne seront pas forcément nécessaires ! En climat particulièrement humide, par exemple, on préférera s’en passer 😉 !

Comment faire un keyhole garden ou jardin en trou de serrure chez soi ?

Inspiré de la permaculture, le keyhole garden ou jardin en trou de serrure est un support de cultures astucieux à la portée de tous !

Composition et aspect général d’un keyhole garden à adapter à son contexte, ses objectifs et ses ressources disponibles sur place pour le construire et l’alimenter en compost.

Étape 1 : choisir l’emplacement de son keyhole garden

Le keyhole garden peut être assimilé à une culture sur butte permanente assez énergivore à créer et qu’on ne pourra pas déplacer facilement après installation. Il est donc primordial de bien réfléchir à son emplacement dans votre design global afin de le mettre en synergie avec les autres éléments de votre projet.

Parmi les différents outils fournis par la méthodologie de design en permaculture, une analyse des besoins et produits de cet élément keyhole garden pourra notamment être utile à votre réflexion pour trouver l’endroit où il sera le plus pertinent de le mettre pour vous ! C’est une étape qu’on vous conseille, par expérience, de ne pas bâcler, car de cela dépendra grandement l’efficacité de votre keyhole…

Par exemple, la pertinence du composteur central sera effective si celui-ci est régulièrement approvisionné en matières organiques et eau…ce type de jardin doit donc plutôt être situé sur un lieu de passage fréquent, dans une zone proche de là où seront produits les déchets organiques allant au composteur…

Étape 2 : matérialiser au sol l’emplacement et la forme de votre keyhole garden

Une fois votre emplacement défini, vous allez le matérialiser au sol. Délimitez le diamètre extérieur de votre choix (généralement entre 2,50 m et 3,50 m, mais peut être adapté selon vos besoins) et le rond central pour le composteur (de 50 cm à 1 m de diamètre selon le nombre de personnes amenées à déposer régulièrement des déchets de cuisine dans le composteur). Puis, marquez également au sol le passage permettant d’accéder au composteur central.

Étape 3 : Fabriquer la colonne qui formera le composteur central

Plusieurs techniques et matériaux sont envisageables pour créer le composteur central. Ce qu’il faut garder en tête, c’est que son pourtour, quel qu’il soit, doit permettre aux vers de terre, mais aussi aux insectes et autres décomposeurs de la matière organique de circuler sans entrave entre le composteur et le substrat du keyhole garden.

Si vous le faites en piquets de bois uniquement, choisissez un bois imputrescible type châtaignier pour une durée de vie plus longue de l’ouvrage ! Plantez vos piquets sur le pourtour matérialisé au sol pour le composteur en les espaçant de quelques centimètres entre eux. Vous veillerez à ce que ces piquets soient suffisamment grands pour dépasser au-dessus de votre keyhole une fois celui-ci achevé. Donc si vous prévoyez de surélever votre keyhole de 1m par exemple, utilisez des piquets d’au moins 1,30 m, ils dépasseront ainsi d’une trentaine de centimètres une fois votre jardin en trou de serrure terminé.

Inspiré de la permaculture, le keyhole garden ou jardin en trou de serrure est un support de cultures astucieux à la portée de tous !

Construction d’un keyhole: le composteur est en place au centre de l’emplacement choisi et les bordures sont délimitées par des pierres posées au sol. ©arpentnourricier.wordpress.com

Vous pouvez aussi utiliser du grillage type grillage à poule pour former cette colonne de compostage. Plantez alors juste quelques piquets sur le pourtour du composteur et entourez-les du grillage pour former la colonne.

On pourra prévoir un couvercle pour fermer ce composteur central afin de le protéger des intempéries en climat trop pluvieux ou de l’évaporation et de la lumière en climat aride par exemple. Cependant, il faudra alors penser à arroser ce compost de temps en temps pour le maintenir humide.

Étape 4 : Mettre en place les bordures extérieures du keyhole garden

En suivant les délimitations faites au sol à l’étape 2, construisez ensuite vos bordures de keyhole avec le ou les matériaux que vous aurez choisis : pierres sèches, briques, bois…sur la hauteur qui vous conviendra le mieux par rapport à vos objectifs et contextes.

Inspiré de la permaculture, le keyhole garden ou jardin en trou de serrure est un support de cultures astucieux à la portée de tous !

Exemple de keyhole avec bordures en planches de bois dans le jardin partagé Le Nid du 12 (12ème arrondissement de Paris). Crédit photo : Nadine Charvier.

Inspiré de la permaculture, le keyhole garden ou jardin en trou de serrure est un support de cultures astucieux à la portée de tous !

Exemple de keyhole avec bordures faites d’un muret de pierres sèches taillées et composteur central formé avec un rouleau de canisse, réalisé par l’ONG Send a Cow. ©sendacow.org

Certains permaculteurs ajoutent aux bordures intérieures de leur keyhole un géotextile pour éviter la pousse d’adventices dans les bordures qui pourraient fragiliser l’ensemble. Cela nous semble facultatif, mais chacun fera selon sa sensibilité.

Étape 5 : Mettre le substrat à l’intérieur du jardin en trou de serrure

Une fois la bordure réalisée et le composteur en place, voici une des manières possibles pour remplir de substrat la future zone de plantation :

Comme pour une culture en lasagne, placez au sol une couche de carton pour occulter la lumière aux adventices en dessous et éviter qu’elles ne ressortent dans votre keyhole garden, surtout si vous le faites d’une hauteur assez faible.

En climat humide, pluvieux, on prévoira, au fond du keyhole, une épaisseur de cailloux pour servir de drain.

Comme le fait Philip Forrer, on peut mettre ensuite au fond du Keyhole des troncs d’arbres et grosses branches déjà en cours de décomposition, spongieux et humides.

Remplissez ensuite les vides d’air entre les morceaux de bois avec un mélange de matières vertes et brunes, si possible broyées pour pouvoir bien remplir les interstices entre les morceaux de bois. Vous pouvez utiliser pour cela de la tonte, de la sciure, du BRF (Bois Raméal Fragmenté), des feuilles mortes…

Bien tasser pour faire pénétrer ces matériaux broyés dans les trous et combler le maximum de vides.

Mettez, si vous en avez, une couche de fumier ou compost mûr, puis procédez à un empilement de différentes couches de matières organiques vertes et brunes, exactement comme vous le feriez avec une culture en lasagne, sans oublier de bien humidifier entre chaque couche et de saupoudrer un peu de cendre de bois pour enrichir le tout notamment en potassium et phosphore.

Enfin, terminez par une couche conséquente de terreau/terre végétale/compost qui permettra d’accueillir vos plantations et semis, recouverte d’une couche de mulch organique (paille, BRF, foin, tonte…) pour protéger le tout !

Étape 6 : Placer les « cheminées d’humidification »

Si votre climat, trop sec, nécessite l’installation de cheminées d’humification (fagots de rameaux de bois imputrescible), fractionnez mentalement l’espace de culture de votre keyhole en trois parties égales et plantez une cheminée d’humidification au centre de chacune de ces parties. Une fois installée, votre « cheminée » doit toucher le fond du keyhole et dépasser d’au moins 20 cm au-dessus de la terre.

Et maintenant, à vous de jouer ! Mais n’oubliez pas, avant tout observez votre environnement, analysez votre contexte et ne vous lancez pas à l’aveuglette dans ce type de support de culture, certes très intéressants, mais à ne pas placer à la légère dans un design de permaculture !

 

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A propos de l'auteur

PermacultureDesign

Cet article a été rédigé par l’équipe du bureau d’étude PermacultureDesign.

3 Commentaires

  1. Avatar

    Bonjour, merci pour cet article très intéressant. je m’interroge quant au tassement du substrat. Si l’on procède comme une lasagne, où si l’on places du bois en décomposition au fond, le niveau va, au fil du temps, baisser et se retrouver en dessous du muret. Comment pallier à cela ?

    Réponse
  2. Avatar

    Bonjour!
    Pour la technique du récupérateur d’humidité, que j’ai pratiqué, j’ai remarque que c’était un point d’entrée pur les mulots et souris qui ensuite y nichent (il y a un microclimat propice et de la nourriture à profusion!)
    J’ai résolut le problème en remplaçant ces récupérateurs par des olas! (jarres de terre poreuses) qui touchent le fond et font office d’humidificateur; avantage en zone très sèche on peut les remplir d’eau régulièrement et aussi y planter les bâtons récupérateurs d’humidité! (perso, j’ai fait des bouchons).
    Je tiens à préciser que les olas ne sont en aucun cas des systèmes d’arrosages mai bien des systèmes de maintien de l’humidité des sols qui permettent aux plantes de continuer à aller chercher leur nourriture et de ce connecter aux champignons et bactéries de ce sol pour faire des échanges fructueux pour la santé de tous (sol, vie du sol, vie de la plante et par extension vie des humains!

    merci encore pour toutes ces informations si précieuses qui permettent à de nombreuses personnes de faire leur mutation écologique!

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  3. Avatar

    Passionnant mais prioritairement, apaisant.

    Merci pour votre message et vos suggestions.

    Bon dimanche

    Réponse

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