La Permaculture dans les îles

Volet 1 : Les îles basses

La Permaculture s’adapte à tous les milieux pour les rendre plus résilients grâce à un design propre à chaque environnement. S’il est bien un endroit où cela est pertinent de la mettre en place, c’est sur une île !

Les îles entourées d’eau salée sont des milieux isolés soumis aux caprices des vents et de la mer, souvent dépendants de l’extérieur avec des ressources très limitées. Plus elles sont petites, plus elles sont pauvres en eau douce en raison de leur faible surface de captage des eaux de pluie. Si elles souffrent en plus de surpopulation, cela peut créer de gros problèmes environnementaux. L’autoproduction, guidée par les principes de la Permaculture, est donc intéressante pour simplement mieux y vivre et être plus résilient face aux aléas de cet environnement restreint et fragile.

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La Permaculture va agir de différentes manières selon les contextes et donc selon les types d’îles. Il en existe deux grands types : les îles hautes et les îles basses.
Les îles hautes peuvent être volcaniques ou granitiques, c’est-à-dire issues d’une activité volcanique récente ou issues d’un pli océanique faisant remonter du granite en surface.
Les îles basses sont généralement des résidus d’anciennes îles hautes où ne subsiste plus que le récif corallien qui s’était au départ développé autour de l’île haute. Puis l’île haute s’affaissant, s’érodant, le corail a continué à croître au pourtour, le sable et les matériaux détritiques à s’accumuler pour finir par former un anneau. Cet anneau constitué de plusieurs motus (terres émergées) et banc de sable abrite en son centre un lagon, souvent de faible profondeur. Des passes peuvent parfois permettre la communication entre le lagon et le large. Le lagon se transforme alors en véritable lieu de « villégiature » pour la faune aquatique (requins, raies, tortues…). On appelle ces îles coralliennes basses des atolls. C’est à eux que nous nous intéresserons en particulier dans ce premier article sur la Permaculture dans les îles.

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Les îles sont donc, par nature, des phénomènes temporaires, elles apparaissent et disparaissent au fil du temps plus ou moins vite selon leur environnement, parfois à l’échelle d’une vie d’homme, parfois sur des milliers d’années.
Créer un milieu habitable par l’homme sur un atoll nécessite une stratégie à long terme prenant en compte l’ensemble des paramètres environnementaux.
Une île basse est un milieu aride, car la surface de captage des eaux de pluie est limitée et la nappe d’eau douce une ressource rare à surveiller et à protéger. Dans les atolls, il est fréquent que la nappe d’eau douce repose sur une base d’eau salée. Le haut de la nappe se situe généralement de 0.90 m a 1.5 m sous la surface du sol et le bas de 1.2 m a 1.5 m en dessous. En connaissant la surface totale d’une île basse, on peut donc calculer approximativement le volume d’eau douce réellement disponible. Sachant cela, la surpopulation insulaire est évidemment un problème grave, car cela peut entrainer une surexploitation de la nappe phréatique. L’eau potable manquante doit alors être importée, voire fabriquée à partir d’eau salée ! La nappe phréatique peut aussi se remplir d’eau salée ayant pour conséquence de détruire la plupart de la végétation. Afin de s’en préserver, il est préférable d’opter pour des toilettes sèches, car créer quelques fosses septiques sur une petite île pourrait lui être fatal ! L’eau doit donc être efficacement stockée et utilisée, par le biais de différentes stratégies de gestion écologique de l’eau.
Le sol de l’île basse est composé de corail et de sable, avec une accumulation de biomasse apportée par les oiseaux et les animaux migrateurs. Ce sont des îles calcaires riches en phosphates issus de l’accumulation de fumiers d’oiseaux de mer s’étant nourris d’animaux marins. La combinaison de ces phosphates et des sables calcaires forme un genre de « béton ». Nous appellerons cette couche de béton (triphosphate de calcium) platier. Elle varie en profondeur et peut être de 25 cm à 1 m d’épaisseur tout en restant de niveau en surface. Ce platier a un effet sur ​​la nappe, car la pluie y pénètre très peu et ruisselle sans pouvoir être stockée. Ainsi, seule une agriculture à enracinement très superficiel est possible.
Dès lors, comment créer une forêt sur un atoll, pour parer par exemple à l’érosion et aux vents le long de la côte ? Cela n’est possible que par l’intervention humaine. Il faut, en effet, dégager la première couche de sable recouvrant le sol, puis casser le platier et creuser encore pour atteindre la nappe d’eau douce.
Le trou ainsi formé doit être rempli avec de l’humus ou toute matière organique apte à former, à terme, de l’humus. L’arbre peut alors être planté au milieu et mulché. Ses racines trouveront leur chemin jusqu’à l’eau douce de la nappe. Le tronc de l’arbre maintenant le platier ouvert, l’eau de pluie sera, elle aussi, absorbée. xarbre mettra alors en place son propre petit système d’arrosage.

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Cependant, mieux vaut éviter de remettre sur le mulch le sable préalablement enlevé, car cela entrainerait dans les 12 mois la création d’une nouvelle couche de platier ! C’est en procédant de la sorte que l’on pourra petit à petit créer une forêt protectrice sur un atoll.
Sur le même principe et toujours dans l’idée de bien gérer l’eau douce et tendre vers l’autoproduction, il est possible de créer des potagers circulaires très efficaces. Pour les irriguer, il ne faut surtout pas utiliser de jets d’eau qui engendrent beaucoup de gaspillages par évaporation dans l’air et en surface, mais plutôt de simples goute à goute au centre du cercle. Là encore, il faut retirer le sable, casser le platier et creuser assez profondément (mais pas trop !) pour que la matière organique fibreuse et l’humus que l’on mettra dans le trou ainsi formé trempent légèrement dans la nappe d’eau douce. Cette matière organique remplissant le trou fonctionnera comme une mèche qui procurera aux racines de l’eau remontant par capillarité de la nappe souterraine et de l’eau se diffusant tout autour du cercle depuis le système de goute à goute central. Ce cercle sera également une nouvelle surface de captage des eaux de pluie. Depuis le goute à goute central, l’eau se propage latéralement sur 60 à 75 cm, le diamètre d’un potager en anneau sera donc optimum entre 1,2 m et 1,5 m. Vers l’intérieur du cercle, on peut planter des choux, des petits pois, des haricots, plus à l’extérieur on peut placer des plantes supportant mieux l’aridité ou installer des supports pour faire courir des concombres ou des haricots. Chacun garnira son potager en anneau selon sa sensibilité, on pourra même s’y aménager un espace de repos caché au milieu des légumes ! Pour l’entretenir il suffira ensuite de le mulcher et l’arroser dès que nécessaire.
Implanter de grands arbres et créer des anneaux potagers demandera certes beaucoup d’efforts au départ, mais ils seront récompensés, car ces arbres et ces plantes vont améliorer le processus de captage de l’eau douce et vous permettre être plus résilients.

Dans un prochain article, nous continuerons à nous intéresser aux atolls en voyant d’autres solutions pour augmenter le captage d’eau douce et protéger les îles des vents et de l’érosion tout en améliorant leur biodiversité.

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