Ils avaient tout pour réussir leur changement de vie : un lieu magnifique, un ancien moulin avec 10 hectares de terrain, des bâtiments de caractère aux volumes généreux.

Ils avaient l’envie, l’énergie, et des projets plein la tête.

Nous avons passé des jours sur place, écouté, analysé, et dessiné un projet exceptionnel. Le genre qui aurait pu faire la couverture d’un magazine.

Et pourtant, nous leur avons conseillé de revendre.

C’est la décision la plus rare que nous ayons à accompagner.

C’est aussi, parfois, la plus juste.

Dans cette vidéo et cet article, nous vous racontons ce cas réel et les 3 erreurs qui mènent à cette situation, plus fréquente qu’on ne le croit chez ceux qui cherchent à changer de vie à la campagne.

Si vous ne visualisez pas notre vidéo sur cette page, 3 solutions :

Quand le lieu est beau… mais pas le bon

Dans les deux premiers articles de cette série, nous avons parlé des erreurs liées à la conception du projet : un projet flou, une vision globale absente, des décisions prises trop tôt.

Cette fois, le problème était différent et beaucoup plus difficile à accepter.

Ce n’était pas un défaut de conception.

C’était le lieu lui-même.

Un couple nous a contactés pour concevoir et dessiner leur projet sur un ancien moulin : environ 10 hectares de terre, de nombreux bâtiments, des hauteurs sous plafond invraisemblables.

Beaucoup de potentiel et beaucoup de « peut-être ». Peut-être des week-ends, peut-être du maraîchage, peut-être des chevaux, des moutons, des gîtes…

Ces « peut-être », pour nous, c’est toujours une alerte.
Ils signalent qu’un projet n’est pas encore suffisamment cadré pour que le lieu puisse le servir.

Erreur n° 1 : Acheter avant d’avoir défini son projet précisément

Le lieu qui impose ses contraintes au lieu de servir le projet

C’est l’erreur fondatrice celle dont découlent toutes les autres.

Quand on achète un lieu avant d’avoir défini son projet avec précision, c’est le lieu qui finit par dicter ses contraintes.

On se dit :
« Il y a une grange, donc on peut faire de l’accueil. »
« Il y a des hectares, donc on fera du maraîchage. »
« Il y a de l’espace, donc on peut tout faire. »

Mais un lieu avec beaucoup de potentiel est un lieu qui peut devenir un piège si l’on n’a pas de projet assez clair pour le cadrer.

Sur ce cas précis : ils venaient de raser une maison et déposer un permis de construire pour en bâtir une nouvelle.

Mais voulaient-ils y vivre toute l’année ? Juste les week-ends ? Y développer une activité économique ? En tirer un revenu  ? Le revendre un jour  ?

Aucune de ces questions n’avait encore de réponse claire.

Les questions à poser avant tout achat

Avant d’acheter un bien, ou avant de s’engager plus loin dans un projet, voici les questions qui doivent trouver une réponse ferme et précise :

  • Est-ce que je vis ici toute l’année ou seulement une partie ?
  • Est-ce que ce projet doit générer un revenu ? Combien ?
  • Est-ce que je suis prêt à assumer les charges, les travaux, la gestion ?
  • Est-ce que ce lieu correspond aux critères de mon activité, ou est-ce que je construis une activité pour remplir le lieu ?

Sans réponses claires, le mieux devient une contrainte.
On veut tout y mettre, on ne sait plus par où commencer et on finit par appeler quelqu’un comme nous pour dessiner un jardin alors que le vrai problème est ailleurs.

Erreur n° 2 : Croire qu’un beau projet compense un mauvais alignement

Un projet exceptionnel… sur le mauvais lieu

C’est l’erreur la plus douloureuse à identifier parce qu’elle intervient après que l’on a déjà tout investi : l’argent, l’énergie, les rêves.

Nous avons continué à dessiner le projet.

Et nous avons dessiné quelque chose d’exceptionnel.

Le permis de construire prévoyait une maison neuve à notre sens, pas au bon endroit.
Nous avons proposé autre chose : créer la maison à l’intérieur de la grande grange existante, en conservant ses volumes extraordinaires.
Des ouvertures sur le pignon sud pour faire entrer la lumière.
Un potager sur le toit.
Une orangeraie intérieure pour recevoir du monde.
Des gîtes intégrés avec leurs propres jardins.
Du verger, des mares, des poules.
Le genre de projet qui aurait pu paraître dans un magazine.

Mais malgré la beauté du projet, le problème de fond restait entier : le lieu, à l’origine, ne correspondait pas au projet de vie réel de ces clients.

Les deux questions qui révèlent un mauvais alignement

Si vous êtes dans cette situation (vous avez déjà un bien, vous avez commencé à dessiner des idées, mais quelque chose cloche) posez-vous ces deux questions :

1. Si ce lieu n’était pas aussi beau, si je ne l’avais pas déjà acheté ou hérité, est-ce que je ferais encore ce projet ?

2. Le projet que je suis en train de construire va-t-il me simplifier la vie… ou la complexifier ?

Si la réponse à l’une ou l’autre est honnêtement « non » alors c’est un signal d’alarme fort.
Ne pas l’entendre, c’est risquer de perdre des années et beaucoup d’argent.

Erreur n° 3 : Lancer une activité économique sans l’avoir vraiment définie

90 % des personnes en reconversion n’ont pas défini leur activité correctement

C’est le chiffre que nous observons sur le terrain. 9 personnes sur 10 qui nous contactent pour un changement de vie professionnelle n’ont pas encore défini clairement leur activité économique.

Le schéma est toujours le même : « Je vais changer de vie, j’ai un lieu avec du potentiel, donc je vais faire de l’accueil, des ateliers, du maraîchage, de l’artisanat… » souvent tout ça en même temps, seul ou en couple avec de jeunes enfants.

Ce n’est pas possible. Et ce n’est pas un projet, c’est une accumulation de souhaits.

Un bon conseil, simple et efficace : un cerveau = une activité.
Concentrez-vous sur une seule activité génératrice de revenus, maîtrisez-la, rendez-la rentable ensuite vous pourrez diversifier.

Les questions qui définissent une vraie activité économique

Si vous ne savez pas répondre spontanément à ces questions, votre activité n’est pas encore assez définie :

  • Combien dois-je gagner avec cette activité ?
  • À qui est-ce que je vends ?
  • Comment je vends ? Comment je transforme ?
  • Qui fait quoi, entre moi et mon partenaire ?
  • Quel investissement de départ ? Quel retour ?

Tant que ces réponses ne « claquent » pas immédiatement, continuez à travailler le projet.

Et surtout : définissez votre activité économique avant d’acheter votre lieu.

Une fois l’activité claire, vous saurez exactement quels critères doit remplir votre bien : surface, bâtiments, localisation, accès, PLU…

C’est dans cet ordre que les projets réussis se construisent.

Ce que ce cas nous enseigne : savoir dire stop

Un mois après la livraison de notre dossier, le client nous a rappelés.
Nos discussions avaient infusées.

Il nous a annoncé qu’ils allaient revendre le bien et repartir sur un nouveau projet, cette fois avec les bons réflexes : poser les objectifs d’abord, choisir le lieu ensuite.

C’est la décision la plus rare que nous accompagnons.
C’est aussi, parfois, la plus courageuse et la plus juste.

Parfois, dans un changement de vie professionnel ou personnel, savoir renoncer à temps est plus intelligent que forcer un projet qui ne correspond pas.
Que vous envisagiez une reconversion professionnelle à 50 ans ou à n’importe quel autre moment, la question n’est pas seulement « comment changer de vie » c’est aussi « est-ce que ce lieu, ce projet, cette trajectoire sont vraiment les bons pour moi ? »

Avant d’y laisser trop de plumes, posez-vous les vraies questions.

Retrouvez les deux autres articles de cette série :

Changer de vie : les 3 erreurs qui coûtent des dizaines de milliers d’euros

→ Changer de vie à la campagne : les 3 erreurs qu’un couple a failli commettre


Pour aller plus loin avec Permaculture Design

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Cet article a été rédigé par l’équipe de notre Bureau d’étude Permaculture Design.