Micro jardin-forêt : comment bien le concevoir ?
Franck Nathié, c’est plus de 25 ans de recherche sur la forêt-jardin.
Dans cette vidéo, on est retourné le voir chez lui, dans son jardin de 700 m², pour qu’il nous explique comment concevoir un micro jardin-forêt productif, depuis le design des allées jusqu’à la gestion du sol et de la biodiversité.
Les avantages (et la contrainte) d’un tout petit jardin
« Le gros avantage d’un tout petit jardin, c’est que c’est facile à entretenir.
L’inconvénient, c’est qu’on n’aura pas beaucoup d’espace pour faire des tests et choisir des espèces. »
Dans un petit espace, on ne peut pas se louper sur les espèces qu’on installe. Il faut être plus précis.
Mais la bonne nouvelle : « vu que c’est un tout petit jardin, tu ne vas pas y passer six ans à concevoir. »
Et surtout un jardin-forêt sur petite surface, c’est possible.
Franck le confirme clairement : « Il n’y a besoin que de quelques m² pour commencer à faire de la culture multiétagée. »

→ Un jardin en permaculture de moins de 100 m², retour d’expérience 5 ans après
Ce qu’est vraiment un bon design
Pour Franck, un bon design de jardin-forêt sur petite surface, c’est un jardin :
- Productif
- Joli
- Facile d’entretien
- Facile à circuler
- Qui répond à des besoins réels
« Je vois beaucoup de gens dont les projections ne collent pas du tout à leurs besoins. Ils ne se rendent pas compte qu’ils n’ont pas beaucoup de temps et qu’ils vont se retrouver avec des tonnes de pommes, de prunes, de pêche dont ils ne sauront pas quoi faire. »
La bonne question à se poser avant de concevoir : Je veux quoi ? J’ai combien de temps ? J’ai combien d’espace ?

→ La forêt-jardin en permaculture : le guide complet
L’orientation des allées et la circulation
Dans son propre jardin, Franck a dû s’adapter à des allées orientées est-ouest, ce qu’il ne conseille pas.
L’idéal : des haies orientées nord-sud, pour que le soleil touche bien les deux côtés.
Autre contrainte qu’il a intégrée : il reçoit régulièrement des groupes de 15 à 20 personnes en visite.
Il a donc fait des allées relativement larges et conservé une zone ouverte où le groupe peut se poser au détriment de l’espace de culture, mais en accord avec ses besoins réels.

La bâche d’ensilage et le broyat : un choix pragmatique
Franck utilise des bâches d’ensilage récupérées chez des agriculteurs dans ses allées, recouvertes de broyat.
« Certains vont dire : ce n’est pas de la permaculture, tu utilises du plastique. Mais chaque fois qu’il y a une mauvaise herbe, j’ai juste à tirer dessus et, en 5 minutes, je désherbe. »
Les avantages de ce système :
- Pas de tonte des allées
- Pas de graines de pissenlits qui envahissent les platebandes
- Gestion de l’eau : la pluie ruisselle sur la bâche et s’infiltre sur les côtés, créant des réserves d’eau et de nutriments accessibles aux racines des plantes de culture
« En plus de gagner du temps d’entretien, ça va améliorer les productions en même temps. »

Le placement des outils
Détail pratique, mais révélateur : Franck a disposé un plantoir, du fil de fer et un sécateur sur chaque citerne à trois ou quatre endroits dans le jardin.
« Quand j’ai besoin d’un outil, je tends le bras.
Parce que quand tu dois aller récolter et qu’à chaque fois tu as paumé les outils ou qu’ils sont super loin, ça peut vite être décourageant. »

Les strates de culture
Le principe de base, quelle que soit la surface :
- Une plante canopée (la plus grande) — ici à 3,50 m dans le jardin de Franck
- Des grimpantes qui s’accrochent à ce support
- Des couvre-sols aux pieds
Minimum : 3 strates de culture. Plus si la surface et les plantes choisies le permettent.
L’agencement dépend de la morphologie de chaque plante : on choisit des plantes plus ou moins étroites selon l’espace disponible.
L’ail éléphant ou le poireau prennent peu de place ; la poire de terre ou la patate douce s’étalent davantage.
→ Les 5 clés pour associer vos plantes en jardin-forêt
→ Comment associer vivaces et annuelles en jardin-forêt
→ Les strates de végétation en jardin-forêt

Choisir les bonnes espèces (dans l’ordre)
Franck hiérarchise clairement les critères de choix pour un petit jardin :
- Résistance aux maladies — en premier, sinon ça n’a pas de sens
- Productivité — rendement au mètre carré
- Goût — en dernier, très subjectif
« Plus on a un espace réduit, moins on peut faire de tests. Essayez de prendre un cheval de course vu qu’on n’a pas beaucoup d’espace d’expérimentation. »
Les clés du choix variétal selon Franck : « Prendre des trucs qu’on aime, qui se débrouillent bien tout seuls, qui soient rustiques, costauds et productifs. »
Pour un choix concret d’espèces adaptées, retrouvez aussi nos 8 plantes recommandées par Franck Nathié pour un jardin-forêt.
Variétés fruitières pour des jardins forêts productifs
Franck Nathié
La Forêt nourricière
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2025.
29,9 €

La haie brise-vent fruitière
Si le vent est une contrainte, Franck conseille de faire une haie brise-vent qui soit aussi fruitière.
« Tant qu’à faire, si on peut à la fois produire des fruits tout en brisant les vents… »
Exemple : le noisetier — excellent brise-vent, et bon fruit.
Dans cette haie, l’objectif est aussi d’améliorer la chaîne trophique de l’écosystème :
- Floraison longue pour les pollinisateurs
- Espèces à feuillage persistant (comme les eléagnus) pour abriter les oiseaux, fleurir en automne pour les abeilles, et produire des petits fruits au printemps
→ La haie fruitière comestible en permaculture
Noisetier pourpre
Corylus maxima purpurea
Le noisetier pourpre est un bel arbuste à intégrer dans une haie mixte ou une haie brise-vent.
Il est rustique, pousse dans tous types de sol, tolère bien le vent et demande peu d’entretien.
Ce…
Noisetier ‘Rouge De Zeller’
Corylus ‘Rode Zellernoot’
Ce noisetier à feuilles printanières pourpres devenant vert bronze en été présente à la fois un intérêt ornemental et fruitier. Ses chatons parent ses rameaux nus de tons rose pourpre en février. Ses noisettes sont…
Noisetier
Corylus avellana
Avoir un noisetier au jardin, c’est un vrai bonheur !
C’est un arbre que l’on apprécie avant tout pour son intérêt ornemental. Dès la fin de l’hiver, il offre un beau spectacle avec la floraison…

Haies fruitières vs patchwork : la position de Franck
C’est l’un des points les plus intéressants de la vidéo qui va à l’encontre de ce qu’on lit souvent sur le jardin-forêt.
Franck est clair : les jardins conçus « tout en vrac », en patchwork, deviennent des friches au bout de quelques années — pleins d’orties, de ronces, de liserons.
« Quand on fait des haies fruitières bien définies, c’est facile de mettre un coup de pression : je retire les racines d’orties, et pendant plusieurs années j’ai juste à faire en sorte que ça ne reparte pas. »
Sa méthode : concevoir le jardin comme un ensemble de haies fruitières. Peut-être moins poétique sur le papier, mais éprouvé en termes de productivité et de facilité d’entretien.
Le micro jardin-forêt productif
Apprenez avec Franck Nathié à créer un micro jardin-forêt sur petit terrain. Formation sur le design, les espèces à planter et la gestion d’une forêt comestible productive.
Biodiversité : nichoirs et hôtels à insectes
→ Les intérêts des haies de jardin en permaculture
Les nichoirs
Franck a installé des nichoirs tous les 5-6 mètres avec des trous de diamètres différents pour attirer le maximum d’espèces de mésanges (noires, nonnettes, bleues, huppées, charbonnières).
Résultat : ils jouent un rôle réel de régulation des insectes tout au long de l’année.
→ Observation et accueil des oiseaux du jardin
→ Comment installer correctement un nichoir à oiseaux ?
→ Les précieuses mésanges dans un jardin en permaculture
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Les hôtels à insectes
La clé, selon Franck : la quantité.
« Si c’étaient des petits fagots par-ci par-là, souvent, ils n’étaient pas habités. À partir du moment où j’avais mis 300, 400, 500 tubes, tout de suite, il y avait une grande population d’insectes dès les premières années. »
Des tubes de diamètres variés (de 1-2 mm à 2-3 cm) pour accueillir osmies, petites guêpes et abeilles solitaires, tous de puissants pollinisateurs.
« Tu fais ton hôtel à insectes en février, au mois de mars elles sont déjà en train de pondre dedans. »

La fertilité du sol
Pour reproduire le fonctionnement d’une forêt, il faut équilibrer les matières carbonées et azotées :
- Carbonées : broyat, feuilles mortes, paille, foin, mulch
- Azotées : fumier, fiente de poule
La première année : des lasagnes (tonte de pelouse + feuilles mortes) pour préparer et nourrir le sol.
Ensuite, chaque année : rajouter du broyat issu des tailles du jardin lui-même.
« D’année en année, le sol devient de plus en plus meuble, de plus en plus fertile et facile à travailler. »
Attention à l’équilibre :
- Trop de carbone → carence en azote → petits légumes
- Trop d’azote (tonte, fumier, fiente) → excès d’azote → maladies (monilia, tavelure, oïdium, mildiou), fruits pourris avant maturité

→ BRF de saule : le meilleur paillage pour un jardin en permaculture ?
Ce que le micro jardin-forêt permet, en conclusion
« Faire un micro jardin-forêt chez soi, ça va nous permettre de nous nourrir, de gagner une certaine autonomie dans plein de types de fruits et de légumes.
Ça va permettre de réensemencer l’écosystème en biodiversité.
Ça va permettre de créer du microclimat, et tout ça avec un entretien minimum.
Pour moi, c’est le système le plus simple pour ramener la biodiversité et se nourrir sans que ça prenne tout notre temps. ».
→ Quoi faire chaque mois dans un jardin-forêt productif ?
→ Comment créer un potager dans un jardin-forêt ?
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PermacultureDesign
Cet article a été rédigé par l’équipe de notre Bureau d’étude Permaculture Design.
Merci 🙏