Aujourd’hui, le monde entier s’accorde sur le fait que la ressource en eau douce est de plus en plus en danger. Eau qui est source de toute forme de vie comme chacun le sait. Autre constat évident : les pertes de fertilité des sols cultivés sont des problématiques tout aussi importantes que celles liées à l’eau, et ce au jardin comme dans les champs. Ces problèmes nous poussent à utiliser la chimie dont les bilans environnementaux et humains sont très discutables. L’ensemble de ces constats nous amène aujourd’hui à parler d’une des solutions : l’utilisation des toilettes sèches, qui, à elles seules, règlent l’ensemble de ces situations. En n’utilisant pas d’eau pour les toilettes tout d’abord, et en nous permettant, ensuite, de conserver notre fertilité sur place et de la valoriser.

Un petit calcul que nous avons fait pour vous faire plaisir 😉

Les habitants de la communauté urbaine de Bordeaux, soit 795 000 personnes, passent chaque jour en moyenne environ 40 litres d’eau potable dans leurs toilettes (source : http://www.planetoscope.com/consommation-eau/1359-consommation-d-eau-par-les-chasse-d-eau-des-wc-en-france.html)… soit à la louche 30 millions de litres au quotidien ! Imaginez ce que cela coûte à l’environnement, et au contribuable en matière de traitement, puis de repotabilisation derrière…
Ce chiffre ne tient pas compte des collectivités, voyez un peu. Tout cela sans bien sûr oublier toute la fertilité dédiée naturellement au retour vers les sols, qui s’en va dans nos chers tuyaux, vers l’inconnu…

Un constat

L’utilisation de toilettes sèches à litières biomaîtrisées est à l’heure actuelle une solution très intéressante et la plus efficace du moment pour pallier à ces problèmes de société. Néanmoins, les vidanges régulières de celles-ci et la maîtrise nécessaire de la technique du compostage classique peuvent être des freins au passage à l’action et cela peut se comprendre.
De plus, ce processus de compostage induit une perte importante des nutriments par voie gazeuse. L’apport d’une faune exotique sur notre sol peut aussi entraîner d’autres déconvenues.

Les principes de permaculture comme outil de résolution de problèmes

Le problème est la solution.

www.permaculturedesign.fr

Tout déchet est une ressource inexploitée

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Dans l’installation de nos designs, nous sommes en perpétuelle réflexion sur comment optimiser l’existant. En utilisant les principes de permaculture suivants : « le problème est la solution » et « tout déchet est une ressource inutilisée », nous nous sommes demandés pourquoi ne pas déposer directement nos résidus de toilettes sèches à la surface du sol. Tout en réduisant notre travail, cela permettrait d’une part de nourrir et de fertiliser le sol grâce aux matières à tendance plutôt azotées (favorisant la croissance des végétaux) présentes dans nos toilettes sèches, urines notamment, et d’autre part de « construire » de l’humus grâce aux matières plutôt carbonées que nous utilisons, notamment la sciure de bois.

Compost de toilettes sèches, des essais plutôt intéressants sur trois contextes :

Nous avons décidé d’expérimenter ce dépôt direct de nos résidus de toilettes sèches sur trois contextes différents à la ferme de la Goursaline :

  • un arbre fruitier quasi mort, fortement attaqué par le gel,
Essai sur l’utilisation de nos résidus de toilettes sèches pour fertiliser un arbre fruitier
Arbre laissé pour mort sujet de notre expérience
  • un kiwi qui végétait depuis plusieurs années à 30–40 cm de hauteur et ne produisait que très peu de pousses
Essai sur l’utilisation de nos résidus de toilettes sèches pour fertiliser un arbre fruitier
Un kiwi, deuxième sujet de notre expérience, deux ou trois seaux (20l) de toilettes ont été apportés.
  • une plate-bande de jardin potager…

Principe pour ce compostage de toilettes sèches particulier

L’idée était donc d’épandre nos seaux de toilettes sèches directement sur le sol aux endroits présélectionnés. Il est évident qu’avant tout, notre souhait était d’avoir des conditions environnementales et hygiéniques satisfaisantes. Nous avons donc été attentifs au fait que le sol soit bien vivant et capable d’assimiler une telle quantité de nutriments et avons donc choisi le printemps pour lancer notre essai, moment où l’activité biologique du sol démarre et devient de plus en plus importante. Nous nous sommes assurés de ne prendre aucun risque de lessivage ou d’écoulement vers une nappe (même temporaire), une source ou un cours d’eau. Concernant la chimie présente dans nos déchets (ou ressources), la question n’a pas posé de problèmes majeurs, car nous ne prenons jamais de médicaments, contraceptifs, etc. Enfin, nous avons, à chaque fois, paillé généreusement notre offrande afin qu’elle soit hors de portée des animaux de passage et insectes, et que les feuilles ou tiges des végétaux ne soient pas directement en contact avec les effluents pour les protéger des pathogènes…
On peut, dès lors, avoir une petite pensée pour nos légumes issus des circuits traditionnels où tant de précautions ne sont certainement pas prises ! Je pense notamment aux épandages des boues d’épurations, de purins, ou de déchets papetiers qui sont légion sur nos terres cultivées françaises, effrayant parfois bien moins qu’un simple « caca » issu d’une alimentation saine et vivante. On relativise donc par la même les conditionnements que l’on a reçu, même si, bien sûr, la « conscience » dans ce que l’on fait reste de mise…

Le résultat du compostage ?

Eh bien on peut dire qu’il a été sans appel ! Le fruitier que nous donnions pour mort renaît de ses cendres. Une écorce craquelée, se disloquant complètement, attaquée par le champignon et où trois ou quatre feuilles subsistaient péniblement, a laissé place à un arbre en pleine vigueur, avec des pousses de plus de 40 cm, un tronc réparé (nous avons aussi utilisé un badigeon d’argile pour l’aider), et des feuilles d’un vert splendide qui ne mentent pas sur l’état de santé du sujet.

Essai sur l’utilisation de nos résidus de toilettes sèches pour fertiliser un arbre fruitier
Repousses récentes liées à l’application des toilettes sèches.

Le kiwi a explosé à notre grande surprise, il fait actuellement des lianes qui gagnent des dizaines de centimètres chaque semaine et on peut penser qu’il va fleurir pour la première fois l’année prochaine. En 4 ans, depuis notre arrivée sur ce lieu d’habitation et d’expérimentations, nous ne l’avions vu prendre que quelques centimètres durant la saison.

Essai sur l’utilisation de nos résidus de toilettes sèches pour fertiliser un arbre fruitier
Le deuxième sujet en pleine explosion avec des pousses de parfois plusieurs dizaines de centimètres en quelques jours.

La future plate-bande potagère, de quelques mètres carrés, et sur laquelle nous avions disposé une dizaine de centimètres de résidus de toilette, suit, elle aussi, la même direction. Nous ne la mettrons en culture qu’en fin de saison, de manière à ce qu’une assimilation suffisante des matières soit faite par les artisans du sol. Mais aujourd’hui, nous avons déjà une couche humifère prête à recevoir des plantes, pleine de vers et de vie, qui ne demande qu’à nous aider à produire !
Aucun signe de maladie ou de problème n’a donc été détecté, bien au contraire…

Et si on rêvait ?

C’est sûr qu’en voyant cela, on peut se prendre à rêver à de nouvelles expériences, qui vont être menées dès cet automne à la Goursaline pour aller plus loin dans cette optique. Nous sommes aujourd’hui très positifs sur les effets futurs que pourrait avoir l’épandage de toilettes sèches sur nos sols. Épandage « raisonné » dans le dosage bien évidemment et dans le contexte pédoclimatique choisi, car comme vous le savez en tant que permaculteur, toute accumulation de nourriture ou d’énergie trop importante ou concentrée à un même endroit, devient une pollution, et peut transformer la solution en nouvelle nuisance !
Prendre en référence les chiffres d’épandage de lisier agricole peut être une bonne base : 200 kg d’azote (N) par hectare et par an. Selon Joseph Országh et le site Eautarcie : « Pour épandre donc, avec l’urine et les fèces, les 5 kg d’azote que “produit” annuellement une personne, il faut un jardin ou une surface d’au moins 2.5 ares (250 m²). Une famille de 4 personnes devrait dont disposer d’une surface de 10 ares (1000 m²). En dessous de cette valeur, il y a dépassement des normes. »

Mais nous pouvons d’ores et déjà penser que ce genre de pratique pourrait être très utile dans de nombreux domaines :

  • Amélioration de sols incultes, trop argileux ou trop sableux…
  • Formation de sol sur des supports stériles : urbains, roche…
  • Construction rapide de massifs, plates-bandes, jardins florissants…
  • La valorisation agricole à plus grande échelle pourrait être tout à fait envisagée…
  • Etc.

Chacun fera ses choix en conscience, mais une chose est sûre : si vous ne savez pas quoi faire de votre caca, faites-en donc des jardins fertiles !!!

Un petit coin pour soulager la planète

Toilettes sèches et histoires d’eau

Christophe Elain

Association Eauphilane – 2007.
17.82 €

Ce livre n’est plus édité, mais reste disponible en occasion.

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Cet article a été rédigé par l’équipe de notre Bureau d’étude Permaculture Design.