Nous avons vu, dans un article dédié à la chauve-souris, son mode de vie, son incroyable capacité, sa totale inoffensivité, et son rôle primordial pour la biodiversité. Et si on lui ouvrait la porte de notre jardin ?

Les chauves-souris, des insecticides naturels

Rappelez-vous qu’accueillir la chauve-souris présente bien des intérêts. Elle adore ce que vous détestez :

  • Les moustiques qui n’hésitent pas à gâcher vos soirées barbecues entre amis.
  • Les noctuelles qui adorent s’attaquer aux jeunes plants de votre potager en permaculture.

Tout l’été, tous les soirs, inlassablement, les chauves-souris parcourent leur territoire à la recherche de nourriture. Elles ne sont pas très exigeantes, et « tout ce qui vole » passe « à la trappe ». Et c’est tant mieux : cela signifie qu’elles régulent les populations d’insectes ayant tendance à proliférer, faisant de la chauve-souris votre nouvelle meilleure amie…

Observer les chauves-souris à la tombée de la nuit, faire le boulot à votre place, une bière à la main, est quand même plus sympathique que d’enfiler une combinaison, remplir un pulvérisateur d’insecticides et semer la mort dans tous les recoins du jardin.

Les oiseaux seront de précieux alliés également, retrouvez tous nos conseils pour les attirer au jardin. Attention, sujet passionnant!

Le petit mémo sur les trous d’envol des nichoirs

Le petit mémo sur les trous d’envol des nichoirs

Quelles tailles pour les trous de vos nichoirs ?

Cette fiche gratuite réalisée avec Gilles Leblais, spécialiste de la vie sauvage vous indiquera quelles tailles choisir pour quelles espèces.

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Nichoir à chauve-souris et alimentation

Le gîte oui, mais…

Lorsque l’on parle d’accueillir la chauve-souris, on pense tout de suite « nichoir ». D’abord, on ne parle pas de nichoir, mais de gîte. En effet, comme son nom l’indique, un nichoir accueille un nid qui est :

  • Une construction d’habitat par apport de matériaux
  • Un lieu d’élevage des jeunes

La plupart du temps, les gîtes à chauves-souris que vous installerez dans votre jardin ne seront ni l’un, ni l’autre. Les mâles qui apprécient ces lieux pour se reposer la journée, sont solitaires. Quant aux femelles, certes elles élèvent les jeunes, mais n’accumulent jamais de matériaux 

Pour avoir des chauve-souris à la maison, suivez les conseils de Sébastien Lazzaroni, passionné de biodiversité et faune sauvage, pour installer des nichoirs et autres abris à chauve-souris !
Exemple de gîte à chauve-souris. ©Colocaterre

… le couvert aussi

Ensuite, fournir le gîte, c’est bien, mais il faut proposer également le couvert. En effet, plus le jardin regorgera d’insectes, plus les chauves-souris apprécieront les lieux. Je ne vous propose pas de vous lancer dans l’élevage de moustiques ou de noctuelles, j’ai peu de chance de vous convaincre.

Une fois de plus, le mieux, c’est de laisser faire la nature : laissez la végétation spontanée reprendre ses droits dans les coins reculés du jardin, plantez des fleurs mellifères qui attireront les insectes, qui à leur tour, attireront les chauves-souris. Tondez moins souvent et plus haut, laissez fleurir les primevères, les pissenlits…

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Semer une prairie fleurie va attirer les insectes et par conséquent les chauve-souris chez vous !

et si vous aimez la pelouse rase, achetez de la moquette verte pour votre intérieur, mais laissez l’herbe pousser à l’extérieur…

Enfin, après le gîte et le couvert, il ne faut pas oublier le petit coup à boire. C’est souvent la première chose que la chauve-souris fait en sortant le soir de son gîte, en effleurant une surface d’eau à la façon des hirondelles : rivière, abreuvoir à vache, lac, étang, MARE… Vous me voyez venir ? non…, quand même…, je ne vais pas vous demander de creuser une mare dans votre jardin pour étancher la soif des chauves-souris. Mais la mare a tellement d’autres rôles au jardin, que je vous laisse réfléchir quand même à ce projet.

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Créer une mare permet d’offrir aux chauve-souris de quoi boire avant de partir en chasse nocturne ! La mare a en plus bien d’autres fonctions essentielles au jardin en permaculture !

Les gîtes à chauves-souris

Il existe 2 catégories de gîtes à chauves-souris : les existants, ne nécessitant pas de travail, voire, vous libérant du temps, ou alors, les « fait exprès » le cas échéant.

Les abris à chauve-souris existants

Pour avoir des chauve-souris à la maison, suivez les conseils de Sébastien Lazzaroni, passionné de biodiversité et faune sauvage, pour installer des nichoirs et autres abris à chauve-souris !
Trous dans un tronc d’arbre pouvant servir de gîte aux chauve-souris.
  • Un arbre creux qui, s’il ne présente pas de danger n’a pas de raison d’être abattu.
  • Le mur de la grange dont les pierres légèrement disjointes laissent apparaître des fissures qui sont autant de gîtes. Ne les bouchez pas, il n’y a pas « péril en la demeure ».
Pour avoir des chauve-souris à la maison, suivez les conseils de Sébastien Lazzaroni, passionné de biodiversité et faune sauvage, pour installer des nichoirs et autres abris à chauve-souris !
Fissure dans un mur pouvant servir de gîte aux chauve-souris.
  • Un carreau cassé à la petite fenêtre accédant au grenier, mais à l’abri de la pluie grâce au débord de toit.
  • Un bardage plein Sud avec un nœud de bois qui à « sauté », laissant apparaitre un trou.
  • Un moellon du garage percé lors des travaux.

Vous avez donc déjà des gîtes à chauves-souris. Prenez en soin, ce sont les préférés des chiroptères.

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Petite fenêtre donnant sur un grenier, à laisser ouverte pour permettre aux chauve-souris d’entrer à ‘lintérieur.

Les abris à chauve-souris « faits exprès »

Il s’agit de construction « on ne peut plus simples », à condition de respecter certaines précautions :

  • Abri à chauve-souris en bois : isolant, peu onéreux, respirant, écologique
  • Bois non traités : ça va de soi…
  • Bois non poncé, voire rainuré, rayé : pour que les chauves-souris puissent s’agripper et grimper à l’intérieur. Ce serait dommage qu’elles patinent sur le palier…

Les chauves-souris ont besoin d’un espace restreint, en particulier les mâles qui ne l’utilisent que pour se reposer la journée. Il s’agit donc le plus souvent de 2 planches espacées de 2 cm. Cela suffit pour la majorité des espèces. Le tout recouvert d’un toit avec l’une des planches plus longue que l’autre pour créer une zone d’atterrissage.

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Exemple de gîte à chauve-souris sur lequel on voit bien les morceaux de bois de différentes tailles pour créer une « zone d’atterrissage » pour les chauve-souris. ©Colocaterre

Installation du gîte à chauve-souris

Bien exposer le gîte à chauve-souris.

Vous pouvez fixer une ardoise sur la planche de devant, plus courte, permettant d’accumuler la chaleur des rayons du soleil, les locataires apprécieront le geste. Exposez le gîte plein sud, sur un mur extérieur, contre un arbre, toujours à l’abri des vents dominants. Vous pouvez aussi le placer dans vos combles si ceux-ci sont accessibles. L’espace nécessaire pour laisser entrer les chiroptères : 40 cm de long, 15 cm de haut.

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Exemple de gîte à chauve-souris accroché dans les combles d’une grange. ©Colocaterre

En extérieur, placez ce gîte entre 3 et 5 m de haut, les chauves-souris, on l’a vu, sont des habituées des greniers à la belle saison, même s’il est vrai que l’on peut en trouver derrière des volets du rez-de-chaussée. Pour leur tranquillité, il est préférable de leur donner de la hauteur.

Leur assurer une tranquillité.

Quand vous aurez installé vos gîtes, le mieux est de les oublier, et de passer à autre chose : nichoirs à oiseaux, abris à insectes, à reptiles, et amphibiens… ou pourquoi pas… creuser une mare. Rappelons-le, les chauves-souris aiment la tranquillité, pas la lumière « en pleine poire ».

Je vous donne un truc pour ne pas succomber à la tentation d’aller trop souvent « voir si ça marche » : avant d’installer votre gite, prévoir, par exemple, un emplacement pour une mare. Installez votre gîte. À chaque fois que vous voulez lui rendre visite, direction la mare avec pelle et brouette. Creusez jusqu’à ce que l’envie passe. À renouveler à chaque fois que cela arrive. Et si vraiment vous n’en pouvez plus… vous pouvez discrètement voir si du guano s’accumule à l’aplomb du gîte plutôt que de braquer un phare dans les yeux de ces pauvres bestioles.

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Reconnaître le guano de chauves-souris

C’est une petite crotte de la taille d’un grain de riz, plutôt noire, très semblable à celle de la souris et du lézard. Si, en la faisant rouler entre vos doigts gantés, elle ne se désagrège pas, il s’agit de souris, mulots, campagnols ou autres proies de nos amies les chouettes. Ces bestioles omnivores mangent des fibres consolidant leurs excréments.

Si la petite crotte se désagrège en minuscules paillettes, il s’agit soit de lézards, soit de chauve-souris, les 2 ayant le même régime alimentaire à base d’insectes dont la « carapace » constituée de chitine, riche, entre autres en azote, n’est pas digérée par l’organisme de leurs prédateurs. Elle est par contre dégradée dans votre jardin en permaculture pour le plus grand plaisir des plantes les plus gourmandes.

Pour avoir des chauve-souris à la maison, suivez les conseils de Sébastien Lazzaroni, passionné de biodiversité et faune sauvage, pour installer des nichoirs et autres abris à chauve-souris !
Crotte ou guano de chauve-souris trouvé dans des combles de garage, sous de vieilles poutres servant de gîte aux chauve-souris. Ces crottes sont très friables car remplies de carapaces d’insectes non digérées !

Si vous les trouvez isolées le long d’un mur fréquenté par les lézards, ce sont ces reptiles les propriétaires. Si elles sont plus nombreuses, à l’aplomb de votre gîte, d’une fissure du bardage, dans le grenier, ce sont nos amies les chauves-souris qui en sont à l’origine.

Qui aurait pu croire un jour que l’identification d’une crotte puisse vous réjouir ? tout arrive !

En conclusion, pour accueillir au mieux les chauve-souris :

Avant de nous quitter, revoyons comment accueillir les chauves-souris :

  • n’oubliez pas de prendre soin de tous les recoins naturels où elles peuvent s’établir
  • installez des gîtes
  • creusez une mare
  • troquez votre tondeuse contre une chaise longue
  • limitez les éclairages extérieurs,
  • évitez les travaux dans les combles d’avril à septembre (lieu d’élevage des jeunes)
  • évitez les travaux dans les caves de novembre à février (lieu d’hibernation)
  • devenez « refuge pour les chauves-souris » en contactant la SFEPM
Sébastien Lazzaroni
Sébastien Lazzaroni

Sébastien Lazzaroni

Naturaliste de terrain depuis l’enfance, Sébastien Lazzaroni est un amoureux de la faune et de la flore sauvage. Il explore, observe, recense et préserve la nature sauvage grâce à la confection et la pose de nichoirs et d’aménagements divers. Ancien professeur de biologie, il partage, avec pédagogie, son expérience au travers de conférences déambulées pour comprendre, d’ateliers bricolage pour agir, d’articles hebdomadaires dédiés sur son blog colocaterre, et sa page facebook colocaterre. Il conseille également les particuliers et les professionnels dans la mise en place de stratégies pour accueillir la biodiversité et en faire une alliée du jardin, du potager, des cultures, des vergers et de la douceur de vivre.

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Sébastien Lazzaroni

Sébastien Lazzaroni

Naturaliste de terrain depuis l’enfance, Sébastien Lazzaroni est un amoureux de la faune et de la flore sauvage. Il explore, observe, recense et préserve la nature sauvage grâce à la confection et la pose de nichoirs et d’aménagements divers. Ancien professeur de biologie, il partage, avec pédagogie, son expérience au travers de conférences déambulées pour comprendre, d’ateliers bricolage pour agir, d’articles hebdomadaires dédiés sur son blog colocaterre, et sa page Facebook colocaterre. Il conseille également les particuliers et les professionnels dans la mise en place de stratégies pour accueillir la biodiversité et en faire une alliée du jardin, du potager, des cultures, des vergers et de la douceur de vivre.