Séchoir solaire, le déshydrateur alimentaire lowtech

Séchoir solaire, le déshydrateur alimentaire lowtech

De plus en plus de jardiniers s’intéressent à la question de la déshydratation et se tournent alors assez naturellement vers l’un des innombrables déshydrateurs alimentaires électriques que le marché nous propose. Souvent en plastique, d’une puissance comprise entre 200 et 800 watts, les différents modèles de déshydrateurs que j’ai testés ne m’ont jamais convaincu.

Bien qu’ils assurent le boulot demandé, je ne me résous pas à consommer de telles quantités d’énergie, des heures durant, pour finalement ne ressortir que quelques centaines de grammes de fruits ou de légumes séchés.

C’est donc en quête d’un outil plus sobre que je me suis intéressé au séchoir solaire.

Facile à construire sur la base de technologies Lowtech, efficace, polyvalent, maniable, économique… une petite présentation de cet outil du futur s’impose.

Construire un déshydrateur pour fruits et légumes séchés.

Le séchoir solaire proposé à l’autoconstruction. ©Joseph Chauffrey

Le séchage solaire pourquoi ?

Les écosystèmes naturels se caractérisent par l’usage du soleil comme seule source d’énergie. L’énergie solaire pénètre dans l’écosystème par les plantes.

Celles-ci sont de formidables panneaux solaires, capables de transformer cette énergie en biomasse végétale (feuilles, tiges, racines…).

Le soleil est également à l’origine des systèmes climatiques qui fournissent de l’énergie sous la forme de pluie, de vent, d’éclairs…

L’eau de pluie en est un bon exemple. Elle est une forme d’énergie solaire, car c’est la chaleur du soleil qui fait évaporer l’eau et crée l’humidité atmosphérique nécessaire aux précipitations.

Nos écosystèmes vivent donc de l’énergie solaire. Par conséquent, tenter d’imiter leur fonctionnement revient à apprendre à ne faire qu’avec l’énergie solaire, en excluant tout recours aux énergies « non renouvelables ».

Pour ce faire, il nous faut gagner en efficience dans la captation et l’usage de cette énergie. C’est d’ailleurs l’un des principes de la permaculture que de tout faire pour utiliser au maximum les énergies qui entrent sur un site avant que celles-ci ne s’en échappent. Cela passe entre autres par la plantation de nombreux végétaux, qui vont intercepter puis stocker l’énergie solaire dans leur biomasse, mais aussi par l’utilisation d’outils solaires tels que le chauffe-eau solaire, la douche solaire, le four solaire ou notre fameux séchoir solaire.

Mais au-delà de cet aspect strictement énergétique, ne perdons pas de vue qu’apprendre à faire avec le soleil est aussi une source de plaisir ! Plaisir d’expérimenter de nouvelles recettes solaires, de découvrir la saveur incroyable d’une tomate séchée, de sortir de votre sac de randonnée un cuir de fruit melon-chocolat, mais aussi plaisir de réapprendre à faire sans l’énergie électrique tant banalisée dans nos pratiques quotidiennes.

Fruits séchés au séchoir solaire.

Cuirs de fruits transportés lors de nos randonnées Alpines ©Joseph Chauffrey

Le séchage solaire pour qui ?

Les jardiniers que vous êtes savent bien que les productions de fruits et légumes d’un jardin sont inégalement réparties sur l’année.

C’est donc à vous que s’adresse le séchage solaire ! C’est en tout cas pour cette raison que j’ai commencé à m’intéresser aux différentes techniques de conservation qui s’offrent au jardinier.

Stérilisation, lactofermentation, congélation, mais aussi conservation à l’huile, pickles… sont autant de techniques qui me permettent aujourd’hui de remplir l’arrière-cuisine et ainsi de m’éviter la « disette » durant la période dite « de soudure », qui s’étale du mois de mars au mois de juin.

À cette époque, les légumes de conservation (courges, betteraves, panais, carottes…) sont généralement consommés alors que les légumes primeurs (laitues, pois, navets…) ne sont pas encore prêts à être récoltés.

Je pourrais me contenter de ces techniques de conservation, mais le côté fortement énergivore de certaines d’entre elles (stérilisation, congélation…) m’incite à les utiliser avec parcimonie.

À l’inverse, la déshydratation est une technique de conservation peu énergivore (si le séchage est solaire) et facile à mettre en œuvre. Elle permet en outre de conserver en grande partie les qualités nutritives des aliments. Le séchage ouvre la voie à d’autres textures, d’autres saveurs et d’autres odeurs.

Il permet d’obtenir des produits très caloriques (250 à 300 kcal/100g pour les fruits séchés !), légers et faciles à transporter, indéniable avantage en balade ou en randonnée !

Fruits séchés au séchoir solaire ou déshydrateur alimentaire.

Melon blanc déshydraté, une saveur incomparable ! ©Joseph Chauffrey

Chips au séchoir solaire ou déshydrateur alimentaire.

Chips de carottes et de poires, un vrai régal !©Joseph Chauffrey

C’est donc en jouant avec toute la palette des moyens de conservation dont il dispose que le jardinier-cuisinier peut marier l’efficacité au plaisir gustatif.

S’approprier les techniques de séchage solaire peut également être intéressant pour déshydrater les plantes aromatiques et médicinales. En les séchant dans des conditions adaptées de température et d’hygrométrie, elles conserveront mieux leurs arômes.

Le risque de voir s’y développer des moisissures sera par ailleurs réduit.

Principe de fonctionnement de ce déshydrateur solaire

Il existe une grande diversité de techniques pour déshydrater des fruits, des légumes ou de la viande. Dans certaines régions chaudes, il est courant de voir les populations se contenter de placer les aliments à l’air libre (au soleil direct ou non) pour obtenir une déshydratation rapide. Toutefois, l’utilisation d’un séchoir solaire permet de réduire le temps de déshydratation dans les régions plus fraîches, de protéger les aliments de la poussière, des UV, des insectes ou des oiseaux, et d’obtenir un produit de qualité constante et contrôlée.

La qualité et la rapidité du séchage dépendent de la circulation de l’air à l’intérieur du séchoir autant que de la température.

C’est en effet cette circulation qui favorise le renouvellement de l’air humide par un air plus sec nécessaire à la déshydratation.

Un air trop peu brassé, en ne permettant pas d’évacuer suffisamment l’air ambiant chargé en humidité, aura tendance à accélérer le développement des moisissures.

L’enjeu est donc de permettre une circulation constante de l’air à l’intérieur du séchoir solaire, assurée de manière naturelle grâce au simple phénomène de convection dans le collecteur solaire, et/ou forcée grâce au ventilateur.

Le modèle de séchoir solaire que mon ami Vincent Bourges et moi-même présentons dans notre ouvrage (et que nous vous invitons à auto construire !) est celui développé par l’association Inti énergies solidaires, qui diffuse des outils de cuisson écologiques et économiques dans les Andes, en Afrique et en France (http://www.boliviainti-sudsoleil.org/).

Son principe de fonctionnement est relativement simple :

Principe construction d’un déshydrateur ou séchoir solaire pour fruits et légumes.

Schéma de fonctionnement du séchoir solaire. ©Joseph Chauffrey

  • Le fond du collecteur, en skaï (cuir synthétique) de couleur noire, capte et transforme le rayonnement solaire en chaleur au sein des 3 colonnes d’air A, B et C. Le skaï s’échauffe alors et émet des rayonnements infrarouges qui sont retenus par la vitre par effet de serre.
  • Le réflecteur permet de concentrer davantage de rayonnement solaire en direction du collecteur, améliorant la performance du dispositif et offrant au séchoir solaire une puissance d’environ 140 W.
  • L’air extérieur pénètre ainsi dans le séchoir par les ouvertures 1 situées sous la caisse. Cet air se réchauffe et monte naturellement par les colonnes d’air A et C, l’air chaud étant plus léger que l’air froid.
  • Cet air chauffé pénètre dans la chambre de séchage des aliments par les ouvertures 2 en haut du séparateur, puis traverse les clayettes dans un mouvement descendant (grâce au phénomène de tirage décrit ci-dessous), se chargeant au passage de l’humidité contenue dans les aliments.
  • L’air humide est aspiré vers l’extérieur de la chambre de séchage (ouverture 3) par l’air réchauffé lors de sa remontée dans la colonne centrale B (phénomène de tirage), avant de s’extraire du séchoir par l’ouverture supérieure 4.

Pour compléter ce phénomène d’aspiration naturelle, ou pour prendre le relais lorsque le soleil est masqué – la convection naturelle n’étant à l’œuvre que lorsque le soleil réchauffe l’air présent dans les colonnes d’air A, B et C – un ventilateur équipe le séchoir solaire d’Inti. Il peut être alimenté par un petit panneau solaire (en journée ensoleillée), une batterie externe de téléphone portable branchée en USB ou le courant électrique grâce à un simple branchement du câble USB sur une prise secteur. Cette modularité dans l’alimentation électrique permet de répondre aux différents besoins des utilisateurs.

Pour auto construire ce modèle tel que décrit dans notre ouvrage (le livre ayant pour objectif de guider le bricoleur pas à pas dans les étapes de construction), il vous faudra compter 2 jours à 2 personnes, un budget d’environ 150 euros et les outils de base composant toute bonne caisse à outils.

Alors à vos scies et tournevis !

Déshydrateur alimentaire pour légumes séchés, comme les raisins.

Raisins secs en provenance directe du jardin ! ©Joseph Chauffrey

Pour aller plus loin sur les séchoirs solaires

Joseph Chauffrey a consacré un livre sur le séchoir solaire présenté dans cet article (voir références ci-dessous) co-écrit avec Vincent Bourges.

Trees for Gardens, Orchards and Permaculture

« Je construis mon séchoir solaire »

Livre de Vincent Bourges et Joseph Chauffrey

120 pages - édité par Édition Terre Vivante

Prix : environ 16 €

Références complètes (éditeur, ISBN…), descriptions et avis des lecteurs sur :
Amazon   |   Decitre   |    Unithèque   |    Fnac

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A propos de l'auteur

Joseph Chauffrey

Joseph Chauffrey est un jardinier expérimentateur urbain qui a à cœur de partager ses observations et expérimentations avec le plus grand nombre. Formateur en permaculture et jardinage durable, auteur de différents livres et chroniqueur, il consacre son quotidien à la transmission de valeurs, techniques et outils qui nous permettront collectivement de construire une société plus résiliente. Pour en savoir plus, retrouvez-le sur son site.

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