​​Comment transformer sa micro-ferme grâce à la permaculture ?

​​Comment transformer sa micro-ferme grâce à la permaculture ?

Comment un jour l’idée nous vient de nous lancer dans la permaculture lorsqu’on a déjà une ferme ?

Feedback sur notre installation en tant que paysan

Nous avons commencé notre vie professionnelle sans trop nous poser de questions, Charles était mineur de fond. Moi, Lauriane, j’avais créé une marque de cosmétique. Après quelques années, certes à bien gagner notre vie, Charles avait envie de retourner à la terre, à ses origines de fils d’éleveur. Pour ma part, j’avoue que l’idée de devenir paysanne et d’être plus en communion avec la nature me plaisait beaucoup.

Nous voilà donc lancés dans l’aventure fin 2012 avec l’achat d’un bâtiment (ancien stock de chauffagiste parti en retraite) au milieu de terres agricoles. Précisément, nous avons acquis 2,3 hectares avec un bâtiment de 900 m2.

Le projet : élevage de porcs et de volailles en bio avec transformation et vente à la ferme.

N’étant pas issue du monde agricole, la première fois que j’ai assisté à l’abattage d’un animal, cela m’a transpercé le cœur. Là, je me suis promis de mettre en œuvre tout ce que j’étais en capacité de faire pour avoir un élevage le plus respectueux possible. Les cochons et les poulets donnent bien leur vie pour nous nourrir !

Observer la nature pour solutionner les problèmes de la micro-ferme

Dès le départ, les animaux avaient plus d’espace à l’intérieur du bâtiment et dans les parcs que dans le cahier des charges bio. Mais quelque chose n’allait pas, ils sortaient peu. Je me souviens de cette phrase que nous avions prononcée alors : « Mais ce n’est pas possible à quel point c’est stupide une poule  ! Elles ont un parc immense et elles restent agglutinées au bâtiment. »

Pour les cochons, c’était quasiment la même constatation. Nous nous sommes bien vite rendu compte en observant la nature que jamais nous ne verrions un sanglier fouir le sol en plein champ au milieu de l’herbe. Car oui, on avait acheté un endroit sans arbres comme beaucoup de lieux à la campagne qui ont été dénudés par l’homme. Les arbres et les haies demandent de l’entretien et diminuent les primes PAC (prime à la terre que reçoit un agriculteur). Et là, la situation s’est inversée : qui était le plus stupide ? L’homme qui tente d’imposer un lieu de vie inadapté ou l’animal qui refuse de s’en servir ?

Autre souci, lors de l’achat, nos priorités étaient : trouver un bâtiment en bon état, avec eau et électricité, un peu de terre, proche de chez nous et à un prix qu’il était possible de rembourser.

L’idée de prendre en compte l’écosystème de cet endroit ne nous avait même pas effleuré l’esprit. Trois hivers d’inondations s’en suivirent, à écoper l’eau qui rentrait dans le bâtiment, à acheter et mettre des tonnes de paille pour que les animaux soient en hauteur et au sec. Notre terre est pleine de sources et le bâtiment est en contre-bas. Comment faire ? Un drainage mécanique avait déjà été installé par l’ancien propriétaire. Nous ne voulions pas de cette solution. Comme toujours, nous nous sommes tournés vers le modèle le plus pérenne que nous connaissions : la nature. Comment gérait-elle les zones humides ?

De plus ayant une micro-ferme, il nous est difficile de produire toute la nourriture des animaux. Alors, pourquoi ne pas rajouter des fruitiers ? Les beaux fruits pourraient être vendus aux clients et les autres serviraient à compléter la ration alimentaire des porcs et volailles.

La permaculture comme une évidence pour transformer la micro-ferme

Nous ne savions pas alors que le fait d’observer la nature et de reproduire son fonctionnement relevait de la permaculture.

Voici les premières solutions que nous avons trouvées à nos deux problèmes, d’animaux qui sortent peu et d’inondation, solutions mises rapidement en place :

  • Planter des arbres autour des parcs des animaux, ce qui permettrait, une fois les arbres à maturité, d’éponger l’eau. Notre choix s’est tout de suite porté sur le saule, arbre emblématique du bord des rivières de notre région. Il a de nombreux avantages : facile à bouturer, pousse rapide, boit énormément d’eau à l’âge adulte, stoppe l’érosion du sol, taillé en têtard apporte de la biomasse, piège à nitrate donc idéal pour protéger le ruisseau en contrebas des parcs des animaux, production d’osier.
  • Faire des fossés pour capter l’eau et la rediriger vers le ruisseau.

En parallèle, nous avons commencé à nous documenter et sommes tombés sur le travail de Sepp Holzer. Dans sa ferme autrichienne, cet agriculteur a su créer un écosystème extraordinaire. C’était la révélation ! C’est exactement ce dont nous avions besoin et envie de faire. Après une visite de sa ferme en 2015, il paraissait intéressant de rajouter à notre projet la mise en place d’étangs. D’ailleurs, un premier a été réalisé dans la foulée pour voir comment il évoluerait avec le temps et constater si nous pouvions en faire plusieurs.

Les avantages d’avoir un ou plusieurs points d’eau :

  • la régulation du trop plein d’eau en hiver
  • l’apport en humidité au terrain en été
  • la biodiversité : toute une faune sauvage s’y installe
  • un nouvel élevage possible : l’écrevisse à pattes rouges (disparue de nos rivières)

Si vous souhaitez transformer votre micro-ferme grâce à la permaculture… comment ça se passe ?

Vous n’aurez très certainement pas les mêmes problématiques que nous, mais, pour sûr, vous en aurez d’autres. Étonnamment, l’être humain a cette faculté d’oublier la nature dans tout ce qu’il entreprend ! Pourtant elle est de si bon conseil pour qui sait l’écouter.

Les étapes à respecter pour que votre problème devienne la solution :

  1. Définir ce qui ne va pas ou ne vous convient pas sur votre terrain.
  2. Regarder comment la nature se comporte dans un pareil cas. Que met-elle en place pour résoudre le problème ?
  3. Observer la végétation, la faune sauvage.
  4. Chercher à vous documenter pour trouver ce que d’autres ont mis en place, ce qui fonctionne ou non.
  5. Le salaire étant maigre pour un paysan, trouver impérativement des solutions peu coûteuses et rentables à terme.
  6. Transposer vos observations chez vous tout en respectant vos limites et capacités (financières, temps de travail…).
  7. Faire les modifications nécessaires.

Vous voilà déjà sur le chemin de la permaculture ! Pour emprunter ce chemin encore plus sereinement et savoir aussi par où commencer, vous pouvez suivre, comme nous depuis 2016, la formation vidéo en ligne de PermacultureDesign, « Invitez la permaculture dans votre jardin », qui vous servira de guide à chaque étape de votre transformation.

Alors, facile ou difficile d’intégrer la permaculture dans la micro-ferme ?

Évidemment dans notre cas, il aurait été plus facile, rapide et moins coûteux de poser un drainage par tuyaux et de planter seulement une dizaine de saules dans les parcs. Mais à long terme, le problème d’eau serait resté inchangé, il aurait simplement été déplacé un peu plus loin chez le voisin. Nous voulions aussi apporter de la plus-value en trouvant une ressource financière supplémentaire et en créant un cadre de travail plus agréable. Faire en sorte que la faune sauvage revienne sur le terrain était aussi important.

Les moins :

  • mise en place longue, il est d’ailleurs difficile de trouver du temps quand on est paysan
  • un coût de départ plus élevé
  • de l’entretien à long terme

Les plus :

  • bonheur et satisfaction d’avoir travaillé en co-création avec la nature pour faire d’un problème un avantage
  • lieu de travail idyllique au bout de quelques années
  • possibilité d’avoir de nouveaux revenus et création d’un futur emploi avec surplus de travail
  • meilleure image auprès de ses clients
  • belle plus-value pour une éventuelle vente du terrain
  • au moment de la retraite, un vrai petit paradis nourricier qui vous permettra de vous nourrir, mais aussi éventuellement de vendre ou de troquer.

Bilan depuis la transformation de la micro-ferme en 2015

Deux ans après, le test de l’étang est très concluant, trois sont en prévision pour les trois prochaines années. Les tailles diffèrent selon les zones et les besoins.

Nous avons planté plus de 1 000 arbres sur la ferme : certains pour créer des haies brise-vent sur les abords du terrain, d’autres pour pomper l’eau et les derniers pour une forêt nourricière. Nous souhaitons dans les quatre prochaines années planter encore 2 à 3 000 arbres et arbustes afin de couvrir une grande partie de nos deux hectares.

Entre les rangs des arbres du verger, nous compostons une partie du fumier sur lequel nous faisons de la culture de courge.

Nous estimons qu’il nous faudra 8 ans pour quasiment tout mettre en place. D’ici 3 à 4 ans, nous aurons déjà de belles récoltes de fruits et le verger commencera à devenir rentable. Les écrevisses seront en vente d’ici 7 ans le temps qu’un biotope se crée dans les étangs et que les arbres poussent autour afin de leur procurer de l’ombre.

Entre temps, nous pourrons installer des ruches et, pourquoi pas, faire de la culture de champignons sur tronc puisque nous aurons recréé l’écosystème d’une forêt…

Alors si l’aventure vous tente, n’hésitez pas à vous lancer, vous avez tout à y gagner !

Pour en savoir plus sur notre projet : vidéo du projet lauréat 2015 Fermes d’Avenir

Pour échanger avec d’autres porteurs de projets : groupe Facebook sur la création de micro-fermes

Dans un prochain article, nous vous partagerons notre expérience et nos conseils pour atteindre la rentabilité économique sur la micro-ferme. À bientôt.

Lauriane et Charles Durant.

Lauriane et Charles Durant
Lauriane, fille de la ville aucun lien avec la campagne, issue d’une famille d’entrepreneurs. Charles, garçon de la campagne, fils d’éleveurs bovins. Aujourd’hui, tous les deux paysans sur leur micro-ferme bio « La Ferme du Vieux Poirier » en Alsace : élevage de porcs et volailles avec transformation et développement d’un verger en permaculture. Vente directe.

Leur site : www.ferme-vieux-poirier.fr
Le Facebook de la ferme

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8 Commentaires

  1. david

    Jolie présentation, et un lieu qui se transforme agréablement!

    Bonne continuation et bon courage.

    Réponse
    • Lauriane Durant

      merci 😉

      Réponse
  2. Laurent

    Vous devez parler de l’écrevisse à pattes blanches!!
    Belle réussite pour cette nouvelle vie, que la nature soit avec vous

    Réponse
    • Lauriane Durant

      Merci Laurent pour ces encouragements.
      Sinon, je parle bien de l’écrevisse à pattes rouge, il y a une production de 500kg/an en Lorraine. Elle était présente dans nos cours d’eau mais l’américaine et la maladie a eu raison de sa population. Plus d’info sur le site de la Flac

      Réponse
  3. Guillaume B.

    J’ai pu voir, au fil des années, l’évolution de la micro-ferme de Lauriane et Charles, d’où ils sont partis, où ils sont arrivés, et vers quoi ils se dirigent. On ne peut qu’être admiratif du chemin parcourut, de tout le travail fourni, une fois arrivé au bout ce sera un magnifique lieu de vie en symbiose avec la nature, permettant en plus d’en vivre.
    Si seulement on arrivait enfin à faire comprendre aux adeptes du toujours plus, qu’à la fin de notre vie on emmène rien, mais qu’on peut, et on a le devoir, de léguer notre planète à la génération suivante, dans un meilleur état.

    Réponse
    • Lauriane Durant

      Merci Guillaume de ton soutient, c’est grâce à des personnes comme toi qui nous soutiennent qu’on a le courage de continuer malgré les difficultés.

      Réponse
  4. Isabelle

    En ore un exemple génial …
    Moi qui m’installe cette année ça donne de l’espoir .
    Merci à vous tous de partager vos expériences
    Isabelle

    Réponse
    • Lauriane Durant

      Merci Isabelle pour tes encouragements. On te souhaite un belle réussite pour ton projet. Si on peut te donner un conseil C’est celui-là : si tu fais un crédit, décales assez le premier paiement (18 mois) afin d’avoir 6 mois pour tout mettre en place puis 1 année pour produire. Tu seras plus zen et moins fatiguée des le départ comme ça

      Réponse

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