Auto-suffisance : un mythe ?

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Je remarque une caractéristique commune à de nombreux clients du bureau d’études et stagiaires que je croise : celle de viser l’autosuffisance dans leur vie. J’ai personnellement suivi cette voie pendant de nombreuses années, et mené une réflexion dans ce domaine, qui m’amène à vous la partager aujourd’hui. Chacun mettra ces informations au regard de sa sensibilité personnelle, mais j’avais le besoin de vous faire ce retour d’expérience personnelle, de la partager avec vous.

L'autosuffisance est-elle un mythe ?
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De quoi parlons-nous ?

Le Larousse nous définit l’autosuffisance de la sorte : « Dont les ressources propres sont suffisantes pour assurer les besoins essentiels. »
Les besoins essentiels ??? La liste peut être longue : alimentation, énergie, abri, vêtement… Qu’est-ce qu’on fait, on classe aussi le besoin de vivre en société, d’exprimer notre créativité, dans les besoins essentiels, ou non ?
Ce que je constate généralement, c’est que le premier des objectifs des gens vivant une transition se situe principalement du côté alimentaire, et au regard de ce que l’on trouve sur le grand « marché » de l’alimentaire occidental, c’est bien normal…

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Image extraite du site www.motherearthnews.com

Une expérience intense

Je me suis pas mal débattu, il y a maintenant une dizaine d’années, dans les premiers temps de ma transition personnelle pour tenter l’aventure de l’autonomie, alimentaire dans un premier temps puis la suite qui devait logiquement, et facilement suivre 😉
Il est extrêmement gratifiant de mettre les mains dans la terre, de se lancer dans l’autoproduction, de manger sain, mais je me suis aperçu très rapidement qu’il serait impossible d’être totalement autosuffisant.
Je mettais une énergie folle dans les travaux d’autoproduction en général : 3 ans d’autoconstruction d’une habitation au top de l’écologie, et qui n’a d’égal que la dimension de mon ego de l’époque, et de la pression que je mettais à vouloir impérativement incarner « tout entier » le changement que je voulais pour le monde… Trop grand… Trop vite…
Je voulais faire du maraîchage, des fruits, des animaux…
Une expérience fabuleuse bien sûr, dans ces moments forts… comme désespérants, mais qui m’amènent aujourd’hui à faire plusieurs constats à commencer par celui qu’il m’est impossible de produire seul l’ensemble de mes besoins. Je ne dispose pas de suffisamment de temps, et aujourd’hui je ne pense plus que cela soit une voie souhaitable ni un modèle futur de durabilité…
Autre constat : nous sommes interdépendants, que nous le voulions ou non, du textile que nous portons, à la dent que nous faisons soigner, à l’ordinateur depuis lequel je vous écris et vous me lisez… Il est impossible de capitaliser tous les savoirs et les savoirs-faire nécessaires à l’autosuffisance totale.
Et puis, mea culpa, j’aime être au contact de la nature, de la terre, mais je dois avouer que j’ai plus une mentalité de naturaliste, d’observateur, de concepteur, que celle d’un agriculteur ou d’un jardinier à temps complet…
Est-ce que cela fait toujours de moi un permaculteur ?

Que recherchons-nous vraiment ?

Qu’est-ce qui nous attire vers un retour à la nature, la campagne, nous donne envie de s’orienter vers la permaculture ? C’est la volonté de participer au changement de notre monde, et de le faire évoluer vers un modèle plus juste envers les humains et la planète qui nous accueille.
L’agriculture-permanente (ou du moins aussi durable soit-elle, peu importe son nom) du début du mouvement de permaculture ne nous protégeant pas de l’auto-extinction, il nous faut transiter vers une culture-permanente…
En menant progressivement cette réflexion, j’ai petit à petit compris que je reproduisais, par mes recherches d’autosuffisance à tout prix, le modèle individualiste ambiant sous une autre forme.
Pas à pas, j’ai déconstruit mes croyances autour de ces sujets, en acceptant une solution qui me convenait, celle de travailler à construire la résilience de mes proches, de ma biorégion. OK d’accord, mais comment ? Eh bien pourquoi pas en observant où je pouvais être vraiment efficace pour être utile dans la création de ce nouveau paradigme… Et où pourrais-je bien être le plus efficace ? Dans ma ou mes niches, dans les activités où je ne vois pas le temps passer, où je me sens au maximum de mon pouvoir créatif, et en résonance totale avec le tout.
Alors oui, je vous l’avoue, j’aime jardiner, produire une partie de ma nourriture, mais dans les limites où je prends du plaisir à le faire… au-delà, je laisse ce travail à ceux qui sont vraiment passionnés par cette activité… Je suis extrêmement fier de les aider à travailler dans leurs passions, car moi j’ai trouvé les miennes : concevoir des systèmes durables, les expérimenter et les transmettre

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Cours Certifié de Design en Permaculture

Apporter ma participation au changement… Avant tout, en le vivant bien !

Grâce à ces activités qui génèrent des surplus, je suis très heureux aujourd’hui d’avoir pu offrir sur notre ferme expérimentale un poste de maraîcher à une personne réellement passionnée, et puis de pouvoir m’offrir de l’artisanat créé par des spécialistes, et le rémunérer au juste prix de leur travail (en gros vachement plus cher que chez kiabi ou gifi).
Je fais travailler et participe à la vie d’une économie locale saine. Je permets à des artisans, des artistes, des producteurs d’aliments sains, des soignants et thérapeutes alternatifs, etc. de vivre eux aussi leurs passions.
Bien sûr, il serait dommage de posséder un petit lopin de terre sans en tirer une petite production par les temps qui courent, quoique : un petit coin de nature non touchée par l’homme aujourd’hui, ça devient de plus en plus rare… mais il est clair que pour s’extirper du modèle supermarché-pharmacie-travail aliénant, l’autoproduction est un point de départ important.

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Image extraite du site www.katefoxmicroholding.co.uk

Mais là où je souhaite attirer votre attention, c’est dans quelle mesure cela doit être présent dans votre vie ?
Certains vivront très bien le métier de la terre, peut-être même l’autarcie totale, bien qu’il soit rare de rencontrer des personnes totalement autonomes, si c’est le cas pour vous, bravo !
Ce qui est peu souhaitable pour un être grégaire et social tel que l’humain, c’est l’isolement…

Des outils pour produire plus efficacement

Les éthiques, les principes de permaculture sont fascinants et chaque jour j’entrevoie un peu plus de leurs significations, mais ce qui me passionne le plus dans la démarche permaculturelle et que je partage avec notre équipe, c’est le design, la conception.

Il est clair que cette méthodologie nous aide énormément dans notre capacité à autoproduire plus efficacement, et donc dans l’énergie et le temps que nous y mettons. Et c’est ça qui est, je pense, capital dans la démarche que nous devons mener : produire mieux avec moins, et je dois dire que la méthodologie de design en permaculture est passionnante à ce niveau… Je m’en suis aperçu un peu tard, mais il y a réellement une alternative à la débauche d’énergie fossile, ou humaine pour entrer dans une démarche d’autoproduction, celle de la planification de systèmes économes, diversifiés, stables et efficaces, et ce, dans de nombreux secteurs d’activités… Et c’est là une des grandes valeurs ajoutées de la permaculture, souvent mal comprise.

 

 

En conclusion

Vais-je me faire brûler sur le bûcher des garants de la permaculture ? Loin d’être un dogme pour moi, je pense aujourd’hui parfaitement assumer ma/mes niches, et là où toute notre équipe se sent bien, notre rôle d’entrepreneur régénératif, car oui, nous avons la possibilité de régler certains problèmes de société, environnementaux, en créant des initiatives vertueuses et économiquement viables, donc sans perfusions gouvernementales, européennes, ou issues de fondations qui détruisent la planète d’un côté et subventionnent la guérison de l’autre…
Certains reconnaîtront peut-être leur propre parcours dans tout ceci, car nous sommes de plus en plus nombreux à faire ces constats, spéciale dédicace à nos amis Walter et Kathleen qui se reconnaîtront sûrement, et qui eux aussi ont trouvé leur voie depuis…

Néanmoins, peut-être qu’après la lecture de cet article, vous aurez toujours envie de vivre cette idée d’autosuffisance, dans ce cas, je vous encourage à y aller à fond, si c’est votre voie, vous devez la vivre jusqu’au bout !

D’un autre coté, si cet article vous a interpellé, il est peut-être temps de vous arrêter et de vous demander : est-ce que ce que je projette me fait réellement vibrer, au plus profond de moi, est-ce que je nourris un besoin de reconnaissance, de la colère ou des ressentiments face à un système déséquilibré, ou un réel enthousiasme, une passion pour ce que je vais faire ?

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Benjamin Broustey du bureau d’études PermacultureDesign

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