Créer collectivement un jardin-forêt en permaculture, épisode 3 : écouter et accompagner la forêt qui pousse.

Créer collectivement un jardin-forêt en permaculture, épisode 3 : écouter et accompagner la forêt qui pousse.

Que s’est-il passé de mars à fin mai, dans la jeune forêt comestible de TERA ?

Planter, transplanter, se planter au jardin-forêt.

Le premier mars, alors que tous les grands fruitiers et que la moitié des arbustes étaient en terre, nous avons abordé la question de la strate herbacée (+ grimpante).

En termes de diversité, c’est souvent la strate la plus fournie des guildes végétales de Permaculture Design, de l’ordre de 40 à 60 % des végétaux qui la constituent. Ce qui veut dire ? Ce qui veut dire que le travail préparatoire et la centralisation des commandes sont un beau challenge. Nous nous y sommes d’ailleurs pris un peu tard pour deux ou trois essences, en rupture de stock partout début mars. Ce sera pour l’an prochain ! En attendant, le 17 mars, toutes les commandes de l’année étaient finies.

Heureusement, dans la multitude de plantes herbacées aromatiques, médicinales et comestibles des guildes végétales, certaines espèces étaient déjà présentes sur notre terrain ou aux alentours. Avec l’aide de Chaabi, fin connaisseur du monde végétal, nous avons identifié et transplanté un maximum de plantes autochtones dans le jardin-forêt. Soit par transplantation directe de pieds (ex : pulmonaire), soit par division et répartition en godets avant repiquage (ex : consoude), soit en sectionnant un bout de rhizome (par exemple sur l’immense houblon qui engloutit notre hangar chaque printemps). La plupart de ces transplantations « locales » se sont avérées très réussies !

Suivi de la création d’un jardin-forêt comestible en permaculture au sein de la communauté du projet TERA.

Pieds de pulmonaire officinale (Pulmonaria officinalis) en cours de transplantation — Photo @ Grégor Alécian

Pour les autres herbacées, les commandes ont fusé début mars, et les plantations/semis se sont succédé en flux tendu jusqu’en mai ! À noter que si nous suivons du mieux que nous pouvons le modèle des guildes végétales, nous faisons également quelques ajouts. Des framboisiers en lisière (associés à de la tanaisie), des capucines au pied des pommiers, ou des groseilliers à maquereaux viennent diversifier encore un peu plus la gamme de petits fruits de la forêt-jardin.

Nous avons semé en plaques alvéolées, que nous avons placées dans notre petite serre. Les semis ont connu de beaux succès et quelques ratés, tout au long du mois de mars et du mois d’avril. Les essences les plus « sauvages » (on ne parle pas d’une graine de carotte hybride F1 ici) ont des exigences de levée parfois assez précises, par exemple de subir un gros coup de froid avant de pouvoir démarrer. Dans le feu de l’action, il a parfois été difficile de respecter chaque critère pour chaque graine, et certaines n’ont pas levé. Mais, au moins, nous avons quelques idées de causes, pour celles dont nous avions pu avoir des conseils de préparation.

Les semis de mars et avril ont progressivement été repiqués en pleine terre jusqu’à mi-mai.

Au milieu du travail sur les strates herbacées, les derniers arbustes ont été plantés fin mars. D’ailleurs, il manquait plusieurs plants à la dernière commande, ce qui est venu parachever une suite de désagréments assez pénibles que nous avons connu tout au long de nos livraisons : bugs lors des paiements, réceptions tardives, oublis dans les colis, variétés autres que celles commandées, emballages peu commodes ou abîmant les plantes… Internet et toutes les formes d’achats à distances sont très pratiques, mais il faut apprendre à faire le tri entre les prestataires sérieux, et les autres. Cela fait partie de l’expérience.

Les joies de l’observation dans le jardin-forêt

Avec l’arrivée du printemps, c’est une explosion de vie que nous avons pu apprécier dans la forêt comestible. Les pêchers en fleurs, les cerisiers, pommiers et pruniers qui s’éveillent. Les noisetiers débourrent, ainsi que tous les arbustes, et les herbacées sortent timidement de terre. C’est un spectacle qui donne le sourire et du courage face aux défis du projet.

Suivi de la création d’un jardin-forêt comestible en permaculture au sein de la communauté du projet TERA.

De gauche à droite : cerisier et chèvrefeuille avec noisetier en arrière plan/groseillier en fleurs/houblon. Photo @ Grégor Alécian

Plus les plantations/repiquages sont allés vers leur terme (pour cette année), plus l’observation est devenue un outil quotidien. Elle nous a apporté quelques joies (les baguenaudiers qui se sont presque tous remis, cf. article précédent), et quelques alertes. Notamment quelques dégâts de limaces sur les herbacées ou encore l’apparition de cloque, maladie fongique, sur les pêchers (voir plus bas).

L’observation est ce qui nous permet de constamment ajuster nos méthodes, en fonction des retours que la nature nous envoie. Par exemple, retirer une protection (manchon) anti-chevreuil quand elle perturbe fortement le port naturel de l’arbuste qu’elle est censée protéger. Ou encore, marquer davantage les mini-talus avec la terre de plantation pour mieux retenir l’écoulement d’eau dans la pente.

Lors des gelées tardives de ce printemps, les figuiers et le plaqueminier du vieux verger, ainsi que les vignes de la forêt-jardin, ont beaucoup souffert (les vignes en sont mortes). L’identification du vent de nord comme cause principale, nous a renforcés dans l’idée d’installer prochainement une large haie brise-vent pour protéger la jeune forêt.

Suivi de la création d’un jardin-forêt comestible en permaculture au sein de la communauté du projet TERA.

De gauche à droite : figuier et vigne atteints par le gel / pêcher atteint par la cloque. Photo @ Grégor Alécian

Observer, c’est aussi faire l’inventaire des fruitiers, et affiner notre plan de la parcelle, travail qu’a mené Lisa pendant une bonne partie du printemps. C’est également profiter d’un peu de calme entre deux plantations pour faire un état des lieux de la structure du sol à différents endroits de la parcelle. Cela nous a permis de confirmer ce que l’on déduisait de la surface : un sol argileux, mais évolutif ; tassé, sec et caillouteux en haut de la pente ; beaucoup mieux structuré, humide et grouillant de vie à mesure que l’on descend.

Lisa a mis en place des planches pour le protocole d’observation des invertébrés terrestres, et a mené avec Chaabi et quelques autres personnes le protocole vers de terre, qui nous permet de faire un bilan « année 0 » de la vie du sol et va nous permettre de mesurer son évolution dans les années à venir.  

Pour finir, j’ai pu observer à quel point la saison influe sur le stockage d’eau dans le sol. En hiver, 10 mm de pluie suffisent à bien humidifier le sol. Au mois de mai, la même quantité est immédiatement bue en surface par les plantes (surtout après un mois d’avril ultra sec comme cette année), et le sol est absolument sec à 5 cm de profondeur, même après une journée entière de pluie.

Vous plantiez ? J’en suis fort aise. Eh bien : entretenez maintenant !

Planter des choses, c’est bien. S’assurer que ces plantes vont bien vivre, et que l’être humain va aussi pouvoir en profiter, c’est encore mieux.

En dehors des arrosages ponctuels, la forêt-jardin a requis pas mal de petits soins.

Les lièvres et surtout les chevreuils pullulant dans le coin, j’ai opté, en plus des manchons, pour un répulsif naturel que j’ai appliqué sur les fruitiers, tuteurs, et à la lisière du bois qui borde le jardin forêt. À ce jour, cette protection s’est révélée efficace, nous verrons dans la durée.

Je citais la pulmonaire un peu plus haut. Cette jolie fleur, transplantée en nombreux exemplaires dans l’une des guildes, préfère la mi-ombre au plein soleil. Or, en attendant que les arbres et arbustes qui l’entourent grandissent, elle a subi pour l’instant le plein cagnard et a fait savoir que cela lui déplaît. Conseillé par Benjamin Broustey, j’ai compris qu’il fallait lui faire un peu d’ombre. Or la nature m’a apporté la solution toute seule. Nous avons transplanté les pulmonaires dans un coin où de nombreux pieds d’onagre, une herbacée beaucoup plus haute que la pulmonaire, poussent naturellement en abondance. Je me suis contenté de ne pas désherber autour des pulmonaires, et voilà le résultat quelques mois plus tard.

Suivi de la création d’un jardin-forêt comestible en permaculture au sein de la communauté du projet TERA.

Cachées sous les onagres (fleurs jaunes), les pulmonaires ont la mi-ombre dont elles ont besoin ! Photo @ Grégor Alécian

Si ça, ce n’est pas permacool !

Bien sûr, à d’autres endroits, il faut souvent désherber pour que les petits arbustes d’un an ou que les herbacées à peine sorties ne périclitent pas. La tonte et le débroussaillage des allées au printemps ont aussi apporté une bonne quantité de biomasse pour mulcher les plantations.

La taille d’entretien du vieux verger nous a apporté de bonnes quantités de bois, que nous avons découpé et placé au pied des jeunes fruitiers dans la forêt-jardin, ainsi qu’avec un peu de broyat de feuillu récupéré chez Patrick notre voisin (en veillant à ne pas enfouir les points de greffe).

Les pêchers « pas chers » que nous avions de l’an dernier nous ont apporté la cloque, qui s’est ensuite répandue sur les pêchers beaucoup plus beaux et chers dans lesquels nous avons investi cette année. Comme quoi, le bon marché, ça n’est pas toujours rentable. Pour couronner le tout, les pucerons se sont installés dans les arbres déjà affaiblis.

Nous l’avons détecté tôt, mais la réaction a été un peu tardive. Des coquilles d’œufs à la bouillie bordelaise, la solution dont j’ai observé la meilleure efficacité fut le macérât huileux d’ail (en pulvérisation). À recommencer l’an prochain, plus tôt cette fois.

Prendre soin de l’humain dans le projet de jardin-forêt.

« Prendre soin de l’humain » est l’un des trois piliers éthiques de la permaculture. Dans notre projet de forêt comestible, cet enjeu est bien présent, et les rappels à l’ordre sont rapides quand on s’en écarte.

La fatigue engendrée par le travail que tout cela représente, mais aussi parce nous sommes encore jeunes dans notre pratique de la permaculture, est intense.

Je suis parfois allé au-delà de mes capacités pour tenir les objectifs, et je l’ai payé cash en fatigue et en angoisses diverses. Je pense que de nombreux permaculteurs débutants, surtout ceux qui passent du monde urbain au monde rural (et ceux qui veulent « trop bien faire »), peuvent tomber dans ce piège. Or, la permaculture, c’est privilégier le vécu au prévu. Plus de souplesse, donc plus de douceur et plus de joie. Chouette perspective, à cultiver au quotidien.

Si la forêt-jardin de TERA apporte son lot de défis humains, elle nous permet aussi de prendre soin de nous, justement.

Les premiers fruits sont arrivés dès le mois de mai, en quantités symboliques bien sûr. Mais goûter l’unique cerise du jeune cerisier est une expérience qui fait du bien à l’âme. Je prends soin de l’arbre, qui me le rend bien.

Nous avons été très nombreux à co-créer ce beau projet en plongeant les mains dans la terre. Les permanents et les volontaires de TERA se sont fortement mobilisés pour les plantations, et c’est peut-être un de mes plus gros conseils : quand vous débutez, faites ensemble ! Planter 50 fraisiers tout seul, c’est long et c’est moins drôle que de le faire à cinq, six, voire huit personnes comme on a pu le vivre chez nous.

Suivi de la création d’un jardin-forêt comestible en permaculture au sein de la communauté du projet TERA.

L’équipe de choc pour planter les fraisiers dans les guildes du jardin-forêt.
Photo @ Kenny Alamy

Une forêt comestible peut être un formidable espace de partage, de collaboration, de confiance. C’est aussi un terrain d’apprentissage et d’émerveillement constant. Puissions-nous regarder encore longtemps cette forêt pousser !

La prochaine fois, je vous parlerai des dangers de la canicule et des défis de l’été en général.

D’ici là, restez permacools !

Gregor Alécian

Grégor Alécian

Grégor Alécian, citoyen en transition, permaculteur, initiateur du projet de forêt-jardin et membre de la commission communication chez TERA.

TERA est un projet expérimental qui vise à construire un écovillage pour relocaliser à 85 % la production vitale à ses habitants. TERA valorisera cette production en monnaie citoyenne locale, émise via un revenu d’autonomie pour chacun de ses habitants.

Retrouvez le projet TERA sur leur site : http://www.tera.coop

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A propos de l'auteur

Grégor Alécian

Citoyen en transition, permaculteur, initiateur du projet de forêt-jardin et membre de la commission communication chez TERA.
TERA est un projet expérimental qui vise à construire un éco-village pour relocaliser à 85% la production vitale à ses habitants. TERA valorisera cette production en monnaie citoyenne locale, émise via un revenu d’autonomie pour chacun de ses habitants. Retrouvez plus d’informations sur le site de TERA : www.tera.coop

2 Commentaires

  1. BENDERDOUCH

    Bonjour,
    Après avoir planté du sarrasin dans une prairie de 6 ha, après la récolte un chantier de reboisement et de bocage est prévu pour un hectare ensuite pour commencer mon projet autour de la permaculture et autres activités.
    J’aimerais connaître ce répulsif naturel contre les chevreuils et autres rongeurs pour optimiser la protection des plantations.
    Cordialement.
    Michael De Vannes

    Réponse
    • Grégor Alécian

      Bonjour Michael,

      Ce répulsif est une variation sur la recette de Sepp Holzer. : )

      Réponse

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