Les associations de légumes dans un potager en permaculture.

Les associations de légumes dans un potager en permaculture.

Les associations de cultures : on en parle beaucoup en jardinage, et ça fait bien longtemps que certains agriculteurs les pratiquent. Et bien avant l’homme, la nature le faisait déjà depuis des millions d’années. En permaculture, Bill Mollison nous invite à imiter le fonctionnement de la nature, alors allons-y !

C’est quoi une association de culture au potager ?

Associer des cultures, c’est imbriquer et cultiver plusieurs plantes différentes au même endroit et en même temps. On peut distinguer deux grands types d’associations :

  • Les associations allélopathiques : quand les plantes poussent, elles peuvent avoir une action positive ou négative sur leurs voisines. On peut donc profiter de ce phénomène pour améliorer nos récoltes.
  • Les associations « dans le temps et dans l’espace » : toutes les plantes ne poussent pas à la même vitesse, et ne prennent pas la même place dans le sol ou au-dessus du sol. En choisissant bien, le jardinier ou maraîcher peut tirer parti de cette réalité.
Les associations de légumes au potager en permaculture permettent de maximiser vos récoltes tout en imitant la nature.

Exemple d’association de légumes : chou rave/betterave/salade, à tester au potager !

Les associations de légumes que je pratique

Après avoir essayé les grands classiques décrits dans certains ouvrages comme « Le poireau préfère les fraises » ou « Les bonnes associations au potager », j’en suis arrivé à deux constats :

D’une part, les plantes censées s’entraider n’ont pas forcément les mêmes besoins (eaux, sol, soleil…). Ainsi, l’association « oignons-carottes », présentée comme un exemple de protection mutuelle — la carotte éloigne la mouche de l’oignon, et l’oignon éloigne la mouche de la carotte — met en œuvre deux plantes aux besoins en eau opposés. La carotte en veut beaucoup, mais l’oignon non seulement se contente de peu, mais peut pourrir sur pied s’il en a trop !

D’autre part, malgré de nombreux essais, je n’ai pas constaté de différences flagrantes quand j’associais et quand je n’associais pas. Ce qui ne veut pas dire que ça ne marche pas. J’ai reçu beaucoup de témoignages positifs sur ce genre d’associations.

Et c’est donc seulement quand j’ai renforcé ma volonté de densifier les cultures que j’ai commencé à imbriquer les cultures « dans l’espace et dans le temps ». Cette année-là, en divisant ma surface cultivée par 2, j’ai maintenu (et même augmenté un peu) ma production totale. J’ai, tout simplement, mieux utiliser l’espace, ce qui m’a permis de mieux « soigner » mon jardin (2 fois plus petit) et donc mes récoltes.

Les associations de légumes au potager en permaculture permettent de maximiser vos récoltes tout en imitant la nature.

Gros plan sur une des associations favorites de Jérôme : carottes / radis / tomates / salades pour une butte de culture très productive. ©Jérôme Boisneau

Je n’ai pas inventé toutes les associations que j’utilise. C’est à la fois des partages entre maraîchers et jardiniers, mais aussi des lectures (Eliot Coleman — The new Organic Grower,John Jeavons — How to grow more vegetables…, et Le manuel pratique de la culture maraîchère de Paris, écrit en 1845) qui m’ont permis de pratiquer aujourd’hui ces associations :

– Radis — carottes — haricots grimpants : si vos supports de cultures sont orientées Est-Ouest, profitez du microclimat ombragé provoqué par les haricots grimpants pour cultiver des radis et carottes au nord des haricots.

– Choux — Carottes : sur une planche de 80 cm de large, une rangée de choux au milieu, et 3 rangs de carottes de chaque côté. Les deux on besoin de beaucoup d’eau au début : les carottes pour germer, les choux pour bien pousser, mais aussi pour lutter contre les altises.

– Choux — laitues : au printemps et en été, après avoir planté des laitues tous les 30 cm, plantez un chou tous les 90 cm sur la ligne centrale. Les choux sont lents à prendre de la place, et les laitues rapides à être récoltées. Après la récolte des laitues, ajoutez un gros paillage pour le reste de la croissance des choux.

– Au pied des « grandes plantes » (tomates, poivrons ou aubergines), occupez l’espace avec des plus petites : laitues, betteraves, radis, carottes…

Invitez les vivaces comme l’oignon ciboule Ishikura un peu partout au jardin. En le coupant au ras du sol plutôt que de l’arracher, il repoussera pendant des années, quelle que soit la culture suivante (et passera même à travers un épais paillage). Mais attention, même s’il est costaud, il ne résistera pas trop aux fraises du motoculteur…

Les associations de légumes au potager en permaculture sont passionnantes et source d’apprentissages.

À gauche, les carottes aux pieds des tomates. À droite, les ciboules Ishikura aux pieds des poivrons, deux associations de légumes intéressantes. ©Jérôme Boisneau

Et enfin, ma préférée, que je pratique sous tunnel : l’association radis – carottes – tomates qui me permet de dépasser les 50 € de récolte par mètre carré cultivé.

Pour chacune de ces associations, je fais attention à ce qu’elles ne me compliquent pas (ou peu) la récolte.

Les grandes classiques des associations potagères

La Milpa, ou « les 3 sœurs » est pratiquée depuis très longtemps en Amérique Centrale, où le maïs est associé aux haricots grimpants et aux courges. Le maïs sert de tuteurs aux haricots. Les haricots (légumineuses) captent l’azote de l’air et le stockent dans des nodosités au niveau des racines. Les courges font couvre-sol et limitent ainsi la prolifération d’adventices. Et le couple haricots-maïs fait de l’ombre aux courges qui supportent mal le plein soleil en été. Bref, un parfait exemple d’association !

Basilic — Tomates : on voit souvent le basilic au pied de tomates. Et c’est vrai que ça se passe bien entre eux. Mais est-ce pour favoriser mutuellement ces plantes, ou bien parce qu’en cuisine elles s’assemblent plutôt bien et qu’on a simplement envie de les récolter en même temps ? À vous de vous faire votre idée sur la question 😉

Comment créer VOS associations de légumes ?

Tous ces exemples ne vous conviennent peut-être pas. Alors, pourquoi ne pas créer vos propres associations. Comment ? En tenant compte de pas mal de paramètres, et en faisant des essais.

Les associations de légumes au potager en permaculture sont passionnantes et source d’apprentissages.

Autre exemple, l’association asperges/fraises, testée et approuvée depuis 3 ans par Magalie, de l’équipe PermacultureDesign !

Les associations de légumes au potager en permaculture sont passionnantes et source d’apprentissages.

Autre exemple, l’association asperges/fraises, testée et approuvée depuis 3 ans par Magalie, de l’équipe PermacultureDesign !

Le paramètre principal est la taille de la plante, ou l’étage dans lequel elle se trouve. Un peu comme dans un mini jardin-forêt. Les radis sont à l’étage du bas, et les tomates occupent les étages supérieurs. Mais la vitesse de croissance est importante aussi : au pied des courgettes, il y a beaucoup de place lors de la plantation. Mais en quelques semaines, la courgette recouvre toutes les cultures qu’on aurait pu implanter autour d’elle.

Les associations de légumes au potager en permaculture permettent de maximiser vos récoltes tout en imitant la nature.

Sur cette butte, les laitues à côté des courgettes sont déjà bien développées, mais… © Jérôme Boisneau

… elles vont se faire rapidement recouvrir par les courgettes ! © Jérôme Boisneau

Les essais restent importants, surtout pour apprendre d’éventuels effets indésirables de certains voisinages. Chez moi, les aubergines n’ont pas apprécié la roquette plantée à leurs pieds.

Les associations de cultures sont passionnantes, aussi bien en maraîchage qu’en grande culture ou au verger. Elles donnent lieu à de multiples essais un peu partout, alors n’hésitez pas à partager les vôtres — bonnes ou mauvaises — dans les commentaires tout en bas.

À bientôt,

Jérôme BOISNEAU / Permaraicher

Jérôme Boisneau

Jérôme Boisneau

Paysan maraîcher en permaculture depuis 2009, Jérôme BOISNEAU a gardé de sa formation d’ingénieur l’esprit de recherche et d’expérimentations. Il a créé en 5 ans une microferme résiliente et économiquement viable, et partage tout ça à la fois sur son blog www.permaraicher.com et dans des vidéos, conférences ou formations.

Conseils de lecture pour aller plus loin…

Vous retrouverez ci-dessous plusieurs ouvrages intéressants sur les associations potagères dont ceux cités par Jérôme dans son article :

Trees for Gardens, Orchards and Permaculture

« Le poireau préfère les fraises »

Les meilleures associations de plantes

Livre Hans Wagner
111 pages, édité par Terre Vivante en 2001.

Prix : environ 14.70 €

Références complètes (éditeur, ISBN…), descriptions et avis des lecteurs sur :
Amazon   |   Decitre  |  Unithèque  |  Fnac

Trees for Gardens, Orchards and Permaculture

« Les bonnes associations au potager »

Livre Noémie Vialard
150 pages, édité par Rustica en 2007.

Prix : environ 7,95 €

Références complètes (éditeur, ISBN…), descriptions et avis des lecteurs sur :
Amazon   |   Decitre  |  Unithèque

Trees for Gardens, Orchards and Permaculture

« Un jardin sain grâce aux cultures associées »

Légumes, herbes aromatiques et médicinales, fruits et fleurs

Livre Gertrud Franck
256 pages, édité par Imagine un colibri en 2013.

Prix : environ 23,00 €

Références complètes (éditeur, ISBN…), descriptions et avis des lecteurs sur :
Amazon   |   Decitre  |  Unithèque

Le jardinier-maraîcher : Manuel d’agriculture biologique sur petite surface

« Manuel pratique de la culture Maraîchère de Paris »

J. G. Moreau et J. J. Daverne
378 pages, édité par Editions CreateSpace Independant Publishing Platform en 2016.

Prix : environ 23 €

Références complètes (éditeur, ISBN…), descriptions et avis des lecteurs sur :
Amazon    |   Decitre    |   Unithèque

Pour ceux qui lisent l’anglais :

Le jardinier-maraîcher : Manuel d’agriculture biologique sur petite surface

« How to grow more vegetables »

(and Fruits, Nuts, Berries, Grains, and Other Crops) Than You Ever Thought Possible on Less Land Than You Can Imagine

John Jeavons
256 pages, édité par Editions Teen Speed Press en 2017.

Prix : environ 20 €

Références complètes (éditeur, ISBN…), descriptions et avis des lecteurs sur :
Amazon

Le jardinier-maraîcher : Manuel d’agriculture biologique sur petite surface

« The New Organic Grower »

A Master's Manual of Tools and Techniques for the Home and Market Gardener

Eliot Coleman
340 pages, édité par Editions Chelsea Green Publishing Co en 2017.

Prix : environ 18,20 €

Références complètes (éditeur, ISBN…), descriptions et avis des lecteurs sur :
Amazon

Associer vos légumes, oui, mais sur quel support de culture ?

Pour éviter les échecs et pertes d’énergie inutiles, il faut avoir des supports de culture réellement adaptés à vos besoins, vos objectifs et votre contexte propre. Alors, avant de vous lancer au potager, trouvez le support de culture qu’il vous faut en suivant notre formation en ligne « Choisissez votre support de culture idéal ». Pour en savoir plus, cliquez sur le bouton ci-dessous.

Vous souhaitez produire tout ou partie de votre alimentation en la cultivant vous-même ? Faire des buttes ne sera pas forcément une bonne idée dans votre cas. Trouvez le support de culture le plus adapté à votre contexte et vos objectifs de production grâce à notre formation vidéo en ligne « Choisissez votre support de culture idéal ».

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Fondateur et directeur de la fondation Agroforestery Research Trust, impliquée dans la recherche sur l’agroforesterie en milieu tempéré, Martin Crawford s’intéresse depuis plus de 20 ans à la culture et à l’usage des plantes pérennes dans l’alimentation humaine....

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A propos de l'auteur

Jérôme Boisneau

Paysan maraîcher en permaculture depuis 2009, Jérôme Boisneau a gardé de sa formation d'ingénieur l'esprit de recherche et d'expérimentations. Il a créé en 5 ans une micro-ferme résiliente et économiquement viable, et partage tout ça à la fois sur son blog www.permaraicher.com et dans des vidéos, conférences ou formations.

10 Commentaires

  1. Guillem victor

    Dans l’idée d’occuper le plus possible le terrain disponible j’ai expérimenté une association.
    Elle à été inspirée par notre gout pour les pommes de terre nouvelles et de la mâche !
    L’idée : Des pdt sous serre pour récolter dès mai/juin de bonne pomme de terre nouvelle tout en optimisant la surface sous serre.
    On plante nos pommes de terre, une fois sortie on butte puis on sème la mâche en inter-rang.
    Le tout se développe et la marche fini par être bien ombragée et pousse facilement.
    Résultat : Presque 3 mois de récolte de mâche qui s’achève au moment ou celle des pdt commences.
    Plutôt content. Pas d’effet négatifs visibles à ce jour.

    Tenté sur une butte pdt / radis, pas convaincu, p-e trop d’ombre, des radis plus petit qu’ailleurs.

    En extérieur actuellement pdt/petit pois ( pois repiqué une fois pdt sortie. Pas encore de conclusion, mais visuellement j’aime les fleur de pois au milieu de pdt ^^. A voir si la récolte pourra être « simultané ».

    Fraisier / ail semble donner de bon résultat ( l’ail a grossi plus vite et les fraises semble moins touché par les fourmis) mais la différence d’emplacement ne permet pas de comparaison honnête.

    J’ai toujours des salades au pieds des artichauts avec de bons résultats. J’ai l’impression qu’elle protègent les pieds d’artichauts de la noyade et des limaces ( je suis en Normandie ).

    Pour ce qui est testé cette saison nous avons semé du haricot a rame au pieds des topinambours et repiqué basilic et basilic pourpre sous les tomates pour tenté de mesurer leur action contre maladie. ( Plants témoin issu de même lot de graine et placé dans des conditions similaire )

    Lorsque l’on parle associations on oublie souvent les fleurs, j’ai souvent remarqué des légumes en meilleurs santé a proximité de mes capucines sans jamais comprendre pourquoi, mais depuis je met souvent des capucines le long des culture. En plus c’est beau, et sa se mange !

    Pareil pour les arbres, n’hésitez pas à mettre des salade ou autre légumes feuilles sous les fruitier. Le feuillage permet de les protéger une fois les mois chaud arrivés.

    Réponse
  2. Anonyme

    impossible de avoir vos livres pas de distributeurs dans ma région mont laurier

    Réponse
  3. Anonyme

    Bonjour , j’ai fait des jolies buttes dans mon jardin bien paillées mais je galère avec les limaces bien trop gourmandes ….quelqu’un a des conseils sur ce point??

    Réponse
    • jblynx

      Les limaces préfèrent manger ce qui est fragilisé donc les résidus de la cuisine a mettre à coté des plantes les plus envahis ça apportera de l’azote et régalera les limaces qui ignorerons le reste (à tester)

      Réponse
  4. Sage Roland

    Je pratique la Milpa depuis au moins 5 ans. Trouver la bonne proportion de chaque plante est difficile.
    Ça va plutôt bien pour le maïs et les courges, mais j’ai peu de haricots. Cette année, je teste une disposition nouvelle :
    Des lignes de maïs espacées de 1,5m un maïs tous les 20 cm avec une courge tous les 1,5 m sur la même ligne
    et deux ou trois lignes de haricots nains entre les lignes de maïs + courge.
    Ce grand espacement du maïs se pratique dans la production du haricot tarbais et permet une plus faible
    concurrence vis à vis de la lumière.
    A suivre.

    Réponse
    • jblynx

      Je ne connais pas vos semences mais ils faut des Semences anciennes pas des hybrides ou autre truc (sans aucun nutriments) sortie de laboratoire.

      Réponse
    • Alain

      Je croyais que la milpa c’était avec des haricots grimpants ? mince alors

      Réponse
      • Jérôme Boisneau

        Oui, normalement la Milpa c’est avec des haricots qui grimpent le long du maïs. Mais on peut toujours « adapter » à sa façon 😉
        Jérôme BOISNEAU / Permaraicher

        Réponse
  5. Colette

    Merci pour votre travail pour nous aider à jardiner responsable

    Réponse
  6. SEB

    Salut Jérôme,
    Jolies photos! J’en suis venu aux mêmes conclusions que toi, faire simple et pratique. Je fais quand même des rotations à cause des maladies et ravageurs qui pourraient s’installer.

    Réponse

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