Créer collectivement un jardin-forêt en permaculture : épisode 1, la genèse du projet

Créer collectivement un jardin-forêt en permaculture : épisode 1, la genèse du projet

TERA, la ferme de Lartel, l’ouverture des possibles.

Il y a un an, je suis arrivé à Masquières, petit village du Lot-et-Garonne et j’ai rejoint le projet TERA pour de bon.

La ferme de Lartel, où venait de s’installer l’association (octobre 2015), n’était plus exploitée depuis deux ans. Nos douze hectares de terrain (sept de bois sur des coteaux calcaires, cinq de prairies en fond de vallon) n’attendaient que notre imagination et nos petits bras musclés pour entamer une transition vers la permaculture.
Parmi le bouillonnement d’idées des premiers temps, le thème de la forêt-jardin revenait souvent. « Forêt-jardin », « jardin-forêt », « forêt-comestible », etc. beaucoup de termes qui me faisaient rêver sans vraiment que je sache ce qu’il y avait derrière.

Un écosystème autonome, explosant de biodiversité, demandant peu d’entretien, et dont la production augmente chaque année ? La promesse d’un jardin d’Eden en somme.

Un an plus tard, 1200 m2 de forêt comestible sont en cours de plantation à la ferme de Lartel, en utilisant les guildes végétales de Permaculture Design, en plus de la reprise de notre vieux verger de 600m2. Si l’expérience se prolonge, c’est 5000 m2 qui pourraient être implantés d’ici trois ans et servir de support à cette expérimentation.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Suivi de la création d’un jardin forêt comestible en permaculture.

Notre forêt comestible en cours de plantation, février 2017.

Rencontre avec la terre et rêve lointain.

À TERA, le projet de forêt jardin de Lartel est resté sous la forme d’un rêve flou pendant plusieurs mois. En février 2016, quand nous avons lancé un premier potager près du corps de ferme sur quelques centaines de mètres carrés, nos compétences étaient proches du néant. Il a fallu tellement d’efforts dans les premiers temps pour faire sortir de terre quelques légumes, que tout autre projet de culture semblait lointain. Avec l’arrivée de personnes plus compétentes comme Cécile et Chaabi au cours du printemps, l’aide de volontaires de passage, les conseils bienveillants de quelques voisins et un apprentissage des connaissances de base au jardin chez tous les permanents du projet, le potager a commencé à ressembler à quelque chose.

Suivi de la création d’un jardin forêt comestible en permaculture.

Le potager en mai 2016. Photo © Bertrand Fourgs

En parallèle, nous avons petit à petit repris contact avec un vieux verger de 600 m2, adossé à la ferme et laissé à l’abandon. Il a été et est encore aujourd’hui un terrain d’apprentissage très précieux de ce que qui pousse chez nous et de ce qu’un mauvais entretien a comme conséquences. En même temps, il nous permet d’apprendre à travailler avec les fruitiers, il nous fournit déjà figues, kakis, pommes, prunes, noisettes, et on l’espère bientôt poires et cerises (avec des saisons plus clémentes que la dernière et un soin apporté aux arbres qui font grise mine).

Au début de l’été 2016, la forêt comestible est revenue dans les discussions. Il a été question d’utiliser l’un de nos prés pour tenter des semis directs de fruitiers, sans trop savoir quoi ni pourquoi ni comment. Le contact avec la réalité d’un tel projet était encore très lointain.

Émergence d’une vision concrète pour créer une forêt comestible.

Les contours de la forêt-jardin de Lartel ont réellement commencé à se dessiner à l’automne 2016, grâce à la convergence de plusieurs facteurs :

  • Deux permanents de TERA, Chaabi et moi-même, sont partis en formation chez Fermes d’Avenir pendant 12 semaines étalées de fin septembre 2016 à début février 2017. Chaabi y a développé son projet de maraîchage bio-intensif (inspiré du modèle de Jean-Martin Fortier), et je me suis davantage intéressé aux cultures vivrières. Dans une logique de design permaculturel de la Ferme de Lartel, mélanger des cultures à la fois intensives (high input-high output), et moins intensives faisait sens.
  • Au fil de mes apprentissages, la culture vivrière (et plus particulièrement autour des fruitiers) a commencé à m’attirer. Mes compétences et connaissances ont commencé à avoir un peu plus de consistances, en tout cas suffisamment pour envisager d’impulser un projet.
  • J’ai pris connaissance des guildes végétales de Permaculture Design. C’est le déclic qu’il me fallait pour commencer. Avec ces designs clairs et bien construits, j’avais une proposition de départ concrète sur laquelle construire une expérience pratique, tout en continuant mon apprentissage théorique.

Courant octobre, j’ai commencé à combiner les guildes entre elles, pour avoir une vision de ce que pourrait donner une forêt comestible, riche de fruits, d’aromatiques, de plantes médicinales, de futures ressources en bois, etc.
Cela a également fait avancer le design permaculturel global de la ferme de TERA, puisqu’il a fallu commencer par choisir une parcelle sur laquelle établir la forêt comestible. Sur le plan ci-dessous, ce sont les parcelles 702 et 704 qui ont été retenues. Les guildes sont implantées en connexion avec le vieux verger (visible au sud de la parcelle), dans l’idée qu’il profitera à terme de la forêt jardin et de ses externalités positives. Cette connexion a également été choisie par pragmatisme, pour s’appuyer sur l’existant et « intégrer plutôt que séparer ». Les récoltes seront centralisées, et les erreurs visibles d’entretien du vieux verger nourriront notre réflexion et l’apprentissage sur le nouveau.

Suivi de la création d’un jardin forêt comestible en permaculture.

Vue aérienne sur Geoportail du site du projet TERA

Dans cette phase de préparation, l’enthousiasme, les conseils tiers, la formation et le travail d’équipe ont vraiment aidé à surmonter la peur de l’inconnu et le manque d’expérience pour passer à l’étape suivante.
Chez Fermes d’Avenir, Claire et Gildas Véret ainsi que Xavier Mathias ont fourni de précieux retours lors de la conception du projet. Encore quasi-débutant en tout, j’ai pu profiter des enseignements d’Eric Dumont et de Jackie Guillemet sur la taille, la conduite et le soin aux arbres fruitiers. À la ferme de TERA, une petite équipe s’est formée autour de la conception : Lisa, Kenny et moi (rejoints en janvier par Olivier). Une première budgétisation et un premier jet de design long terme sont sortis en novembre 2016.

Voici un aperçu du premier design. Pas tout à fait à l’échelle, pas tout à fait bien proportionné, mais c’était un début !

Suivi de la création d’un jardin forêt comestible en permaculture.

Premier design de la forêt comestible de Lartel.

Acte de naissance !

En décembre 2016, la forêt-jardin s’est rapprochée de sa sortie de terre. À la veille de l’Hiver, le projet a été présenté et débattu en réunion. L’association a décidé de le faire entrer dans la réalité et un budget de 2100 euros a été alloué pour l’année 1. De quoi implanter cinq guildes complètes (noisetier-cerisier-pommier-pêcher-prunier) et neuf guildes partielles (arbres et arbustes uniquement), sur la partie Est de la parcelle 702 (voir plus haut).

Un travail important de répartition des commandes entre différents pépiniéristes a commencé dans la foulée avec Lisa, pour aboutir à des tableaux indigestes, mais ô combien nécessaires pour s’y retrouver dans la profusion d’essences sélectionnées pour les guildes végétales.

Un partenariat a été noué début janvier 2017 avec Permaculture Design pour échanger notamment informations et retours d’expérience sur les guildes végétales tout au long de cette aventure. Cet article en est le premier fruit !

Avec des parents, des parrains et un berceau d’accueil, la forêt-jardin s’est retrouvée prête à naître. Le premier arbuste a été planté le 20 janvier 2017 avec tambours et trompettes !

Suivi de la création d’un jardin forêt comestible en permaculture.

Le premier baguenaudier (fixateur d’azote) de la forêt comestible.

Dans mon prochain article, je vous raconterai en détail les premières semaines de la vie de la forêt jardin de Lartel, des commandes en pépinières aux plantations en passant par les méthodes utilisées et nos premières erreurs !

D’ici là, restez permacools !

Grégor Alécian

Grégor Alécian, citoyen en transition, permaculteur, initiateur du projet de forêt-jardin et membre de la commission communication chez TERA.

TERA est un projet expérimental qui vise à construire un écovillage pour relocaliser à 85 % la production vitale à ses habitants. TERA valorisera cette production en monnaie citoyenne locale, émise via un revenu d’autonomie pour chacun de ses habitants.

Retrouvez le projet TERA sur leur site : http://www.tera.coop

« Faire ensemble »

Outils participatifs pour le collectif

Livre de Robina Mac Curdy
Édité par Les Éditions Passerelle Éco en 2013.

Prix : environ 15 €

Références complètes (éditeur, ISBN…), descriptions et avis des lecteurs sur :
Amazon    |   Unithèque

 Créer un jardin-forêt

« Créer un jardin-forêt »

Une forêt comestible de fruits, légumes, aromatiques et champignons au jardin

Livre de Patrick Whitefield

192 pages, édité par Imagine un colibri, sortie en 2011

Prix : environ 22 €

Références complètes (éditeur, ISBN…), descriptions et avis des lecteurs sur :
Amazon    |   Decitre    |   Unithèque

Créer votre propre forêt comestible, ça vous tente ?

Comme Grégor et son groupe du projet TERA, vous pouvez commencer facilement, dès maintenant, à créer votre jardin-forêt en installant des guildes végétales autour de vos arbres fruitiers. Cliquez sur le bouton ci-dessous pour en savoir plus.

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A propos de l'auteur

Grégor Alécian

Citoyen en transition, permaculteur, initiateur du projet de forêt-jardin et membre de la commission communication chez TERA. TERA est un projet expérimental qui vise à construire un éco-village pour relocaliser à 85% la production vitale à ses habitants. TERA valorisera cette production en monnaie citoyenne locale, émise via un revenu d'autonomie pour chacun de ses habitants. Retrouvez plus d'informations sur le site de TERA : www.tera.coop

6 Commentaires

  1. Eric

    Aaaaaaaaaah !! je suis fan inconditionnel du concept de forêt jardin !!! j’ai moi aussi un projet en gestation sur 5000 m2 de terrain dans le 64 Pyrénées Atlantiques/Béarn. je compulse livres sur livres, infos sur infos depuis des années…….pour un passage à l’action plantation hiver 17/18.
    Votre projet est passionnant, hâte de connaitre la suite !!!!!!!! Encore bravo.

    Réponse
    • Grégor Alécian

      Bonjour Eric ! Merci pour vos encouragements !

      Et si vous voulez échanger sur le sujet, ce sera avec plaisir !

      Réponse
  2. dEFFEYES guy

    Quand on veut partager cette page précise sur Facebook pour vous faire connaitre, c’est celle sur la permaculture à Hong Kong qui sort à chaque fois. Je vous suggère d’y remédier. Amicalement, Guy Deffeyes (historien des sciences et consultant-journaliste, compagnon de route de l’agriculture biologique depuis 1987).

    Réponse
    • Christophe Curci

      Effectivement Guy, merci de nous l’avoir signalé. C’est maintenant corrigé 😉

      Réponse
  3. Guillaume Paluch

    Je trouve le concept génial.
    J’espère que votre projet d’écovillage pourra voir le jour et qu’il y en aura plein d’autres par la suite.
    Bon courage pour la suite.
    La permaculture c’est l’avenir !

    Réponse
  4. MICHALLEK

    C’est beaucoup d’informations d’un coup pour moi……
    Il va falloir que je sélectionne et que je cible par rapport à mon jardin……
    L’avenir me dira si je ça fonctionne…..

    A bientôt

    Jean-Christophe

    Réponse

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